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Une envie de bonne heure

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3 septembre 2010

TROIS FOIS RIEN

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Une journée ensoleillée, une maman fatiguée, des enfants plein d'énergie, une dernière journée de vacances pour eux. Nous avons dormi un peu tard, mangé tard, et puis ils ont joué, beaucoup, j'ai crié, un peu, parce que je voulais ranger la pile de vêtements qui finalement, n'aura pas beaucoup avancé. Je voulais aussi être un peu seule. Ne plus répondre aux sollicitations, nombreuses ces jours-ci. J'aurais du faire des courses et puis acheter les dernières choses pour la "vraie" rentrée de lundi. Demain, ça attendra bien demain. Une petite grève de maman.  Ils s'étaient réfugiés dans leur chambre pour ne pas me contrarier et j'en ai profité pour m'asseoir sur le banc devant la maison, le soleil qui me chauffait le visage et les bras et tricoter dans le silence. Le tricot, ça me fait oublier les soucis. Juste un moment sans personne à m'occuper.

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Découvrez la playlist Prayer in C avec Lilly Wood And The Prick

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2 septembre 2010

DES RAYURES (3ème billet du jour)

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Du matin jusqu'au soir, la vie se tricote, rayures faites de doutes, de joie, de colères,  de fatigue, de nouveaux horizons, d'affirmations un peu trop définitives et fermées, revisitées une fois la journée achevée.

Une vie en mouvement.

Des idées qui avancent et qui montrent que les évènements peuvent être plus légers que ce que j'avais imaginé. L'après-midi passée au Collège avec les enseignants s'est déroulée le mieux possible, d'une façon que je n'imaginais pas: bien sûr, c'est un cadre. Normal, indispensable pour le bon fonctionnement lorsqu'il y a un groupe d'individus. J'ai rencontré une équipe pédagogique  qui a su nous entourer avec clarté et respect. Il est certain que  l'aspect compétitif de l'école ne me convient pas, mais le mode de relation rencontré aujourd'hui m'a plu. Je n'ai pas connu cela au commencement de mon collège là-bas, à 9 ans, au pays des Schtroumpfs. Je devais prendre le train, puis marcher un long chemin de la gare en ville jusqu'à l'établissement. Attendre. Puis, parachutée dans ce nouvel univers, je me suis débrouillée, vaille que vaille. Il n'y avait pas eu cette précieuse mise en route, cette prise en charge un peu affective, qui tisse un lien entre enseignants, enfants et parents, tous ensemble réunis pour comprendre les règles, poser les questions, enfants et parents écoutant d'une oreille attentive les recommandations.  Je suis heureuse de ce constat et je me sens prête à accompagner avec beaucoup de sérénité cette nouvelle étape pour mes deux garçons. (qui commencent ensemble la sixième, puisque Noé a sauté un niveau).

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2 septembre 2010

COLLEGE (2ème billet du jour)

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Je me souviens de ce matin de juillet, nous allions visiter le futur collège des garçons, celui où ils feraient leur rentrée en septembre.

Je ne m'attendais pas, ce matin-là, à ce que mon cerveau aille rechercher quelques lointains souvenirs de mes 10 ans.(mon entrée au collège) puis de mes 18 ans (mon entrée en High school en Louisiane), de mes 25  (mon entrée aux beaux-arts) puis de mes 30 ans (lorsque j'ai commencé à enseigner le dessin pour les 10-18 ans, à l'école publique). Un petit retour de manivelle, un petit tour de manège, un soulèvement du coeur qui m'a fait monter quelques larmes, à ma plus grande surprise. Une appréhension lorsqu'un nouveau cadre se dessine. Le cadre qui forcément, sera un peu trop étroit pour mon esprit qui est devenu si libre qu'il ne colle plus à aucun schéma pré-établi. J'ai pensé, ce jour-là, que vraiment, je ne pourrai plus retourner  dans aucune structure. Une maladie devenue chez moi chronique, irréversible et incurable. Le tout sera de ne pas transmettre ce refus à mes enfants, qui eux, y trouveront certainement des joies, mais pas que..., des enseignements formidables, mais pas que...., des camarades attachants, mais pas que...

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2 septembre 2010

SORTIR-RENTRER-RESPIRER (1er billet du jour)

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La rentrée, comme si le temps d'avant se serait interrompu, comme si le temps reprenait son droit, y aurait-il eu une sortie?

Continuer tout simplement, ce qui a été commencé. Savoir reconnaître si c'est bien cela que je souhaite maintenant, pour ma vie, si ce n'est pas le cas, se dire que ce mot "rentrée" servirait plutôt à dire "je rentre en moi", pour explorer cette vie qui me convient ou ne me convient pas, comprendre, puis agir pour aller vers plus de vie, moins de frustration, plus de plaisir à être, faire ce que je dois faire sans forcément le subir. Faire les bons choix. Voilà, quelques pistes pour ralentir cet élan formidable qui s'opère ces jours-ci.

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28 août 2010

LE TEMPS QUI PASSE

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Juste se laisser porter par ces journées qui passent
Si le matin se remplit de doutes ou d'inquiétudes
lorsque cela devient trop envahissant
ici, nous nous répétons
une phrase de Svâmi Prajnanpad qui nous ramène au temps présent

CE QUI FUT N'EST PLUS, CE QUI SERA N'EST PAS ENCORE

Juste la seconde qui passe,
se concentrer sur cela,
c'est tout



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1 - Vivre au présent

Ce qui fut n’est plus, ce qui sera n’est pas encore. «Qui crée alors le passé ou le futur? Seulement le mental.» Nous sommes prisonniers du passé, par l’inconscient, et de l’avenir, par l’attente. «Le passé insatisfait enserre le présent dans ses griffes», et nous voue à l’espérance, donc à une nouvelle insatisfaction. L’espoir et la peur sont les plus grands ennemis de l’homme : parce qu’ils nous séparent du présent, du réel, de tout, parce qu’ils nous enferment dans l’avenir et l’ego. On ne peut y échapper qu’en se libérant du passé. Ainsi la liberté et l’éternité vont ensemble.
 

2 - Différence et changement

Tout est différent toujours : il n’y a pas deux grains de sable identiques, ni deux mentals semblables. C’est ce qui nous voue à la solitude : «Personne ne peut agir suivant le désir de quelqu’un d’autre ; chacun est différent et séparé.» C’est aussi ce qui nous voue au changement, qui n’est que la différence dans le temps. Deux instants successifs ne sont jamais identiques: «Tout change à chaque instant. Ce n’est qu’un courant qui s’écoule.»  Il n’y a pas d’êtres ; il n’y a que du devenir. C’est ce que l’ego refuse : il voudrait «rester intact» et ne le peut ; il s’interdit de vivre, pour ne pas mourir.
 

3 - Le refus et l’émotion

Qu’est-ce que le mental ? Toute pensée en nous qui souhaite autre chose que le réel. C’est le contraire de la vérité. C’est «mâyâ» («l’illusion»). Comment savoir alors si l’on est dans la vérité ou dans le mental? Par la présence ou l’absence d’émotion. L’émotion est le critère : si je suis ému, c’est que je superpose au réel autre chose que ce qu’il est (mon désir, mon refus, mon attente), qui m’en sépare et m’enferme dans le mental. Il faut donc accepter l’émotion, pour s’en libérer.
 

4 - Voir, accepter, agir

Le contraire de l’illusion, c’est la vérité. Le contraire du mental, c’est voir. Ne pas penser, ne pas interpréter, ne pas juger, ne pas comparer, mais voir ce qui est comme cela est. Aucun jugement de valeur. Aucun refus. Aucune émotion (il n’y a plus que des sentiments). Accepter ce qui est. C’est la seule façon de le transformer. «Restez dans le présent : agissez, agissez, agissez!» Et lorsque l’on n’arrive pas à accepter ce qui est? Alors l’émotion est là, qu’il faut donc accepter. Ni refus ni dénégation. Ni espérance ni regret. Cela passe par la connaissance de soi, et par l’acceptation de soi : «Accept yourself and be happy» («Accepte-toi et sois heureux»).
 

5 - Etre un avec tout

L’expérience spirituelle la plus haute est celle de l’unité. Nous ne sommes séparés de tout que par le mental – que par nous-même. La vérité, au contraire, nous unit : parce qu’elle est une, parce qu’elle est universelle, et parce qu’elle est infinie. Il ne s’agit pas de brimer l’ego, mais de l’ouvrir : devenir comme «un cercle devenu si large qu’il ne peut plus rien entourer, un cercle d’un rayon infini : une ligne droite !». Alors seulement le bonheur peut advenir. Il n’y a pas d’ego heureux, ni de bonheur égoïste. Il faut donc se libérer du moi, pour s’ouvrir à tout. C’est le chemin de la sagesse. C’est le chemin du bonheur. «Pour aller où ? Là où vous êtes. Tout est ici et maintenant.»

Svâmi Prajnânpad

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The buffaloes used to say be proud of your name  
The buffaloes used to say be what you are  
The buffaloes used to say roam where you roam  
The buffaloes used to say do what you do  
 
If you remember you’re unknown

Buffaloland will be your home

 

Et les bisons disaient "Sois fier de ton nom"
Les bisons disaient "Sois ce que tu es"
Les bisons disaient "Va où tes pas te mènent"
Les bisons disaient "Fais ce que tu fais"

(x4)
Si tu te souviens que tu es inconnu
La terre des Bisons sera ton chez toi


Découvrez la playlist Jimmy avec Moriarty

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27 août 2010

LE VIOLONCELLE

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C'est en 2006 que la musique est re-venue à moi.

Petite, j'ai joué du piano de l'âge de sept ans jusqu'à quatorze ans. Un piano dormait à côté de mon lit. Celui de mon père et de son enfance. Il n'en jouait plus, lui qui avait passé toute sa jeunesse sur cet instrument, obtenu la virtuosité avec mention, à vingt ans. Il ne l'avait plus touché depuis la mort de sa mère qui rêvait qu'il soit pianiste. Elle est morte l'année de ses vingt  deux ans. Puis il s'est marié, puis il a oublié. (il a recommencé lorsque je lui ai annoncé mon entrée à l'école d'art, mais ça, c'est une autre histoire). Ma mère jouait du violon depuis sa tendre enfance et n'a jamais cessé en intégrant depuis toujours des orchestres symphoniques de musiciens amateurs. Les soirées de mon enfance étaient bercées par les sons des symphonies écoutées par mes parents, le soir, à la radio ou en bande Revox. Adolescente, je me sentais cruche avec mon piano. Guitare, je voulais jouer de la guitare, comme les autres. Puis la musique s'est arrêtée. Or en 2006 j'ai eu un passage...comment dire, curieux? Un retour à la foi, qui a débouché sur une rencontre avec l'église locale ainsi qu'avec une paroissienne  qui voulait absolument m'évangéliser, moi la protestante non pratiquante. Et comme j'étais affaiblie par la maladie de mon fils, j'ai suivi ce créneau, un certain temps. Oh, je ne dis pas que ce n'était pas bien. Simplement, entre-temps, j'ai révisé un peu ma position.  (pas celle de la foi, celle de l'Eglise). Ce sera certainement le sujet d'un ou deux billets un autre jour.  Aujourd'hui, il s'agit de la musique. La chorale de cette église catholique avait besoin d'une organiste pour l'accompagner le dimanche à la messe. Cette paroissienne, qui voulait évangéliser le monde par tous les moyens, m'a motivée à retrouver mon clavier et mes notes, et me voilà, organiste pendant deux ans. J'ai repris des cours de piano, avec un pianiste admirable, Gérard Parmentier. Cette année passée avec lui me rappelait aussi l'exigence de mon premier prof de peinture. Parallèlement, parce que j'avais été touchée à plusieurs reprises par le son du violoncelle cette année-là, je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai décidé de prendre des cours de cet instrument. Je me suis inscrite à l'école de musique de la ville proche de ma colline. Jusqu'au début de ma grossesse en 2007, les habitants de cette maison entendaient (subissaient), tour à tour, des études de Mozart, des messes pour le dimanche, sur le piano électronique qui basculait du son "piano" à la fonction "orgue" selon les morceaux travaillés pour enchaîner avec des gammes sur le violoncelle, exercices laborieux avec l'archet, positions des doigts pour obtenir la note juste et tutti quanti. LES PAUVRES! Enfin, peut-être pas, puisque Noé a décidé de se mettre au violon. Nous voilà, tous les deux, musiciens courant à nos cours de musique, le solfège s'ajoutant à la liste pour lui. Mon ventre s'est arrondi, arrondi, mais la musique continuait de plus belle. A la naissance de Bianca, j'ai ralenti ce rythme, arrêté les cours de piano, je ne pouvais plus tout assumer. Vu l'exigence de Gérard, je jouais presque trois heures de piano pour arriver à mes cours à peine d'aplomb pour ses critiques. J'ai continué le violoncelle, mais, en vérité, au fil des mois, mon désir s'est effrité. Trop dur, trop de travail, trop moche le son que je fais. En juin dernier, je n'ai pas rempli ma fiche de réinscription et Noé non plus.  Je sais, c'est dommage...Mais il faut se rendre à l'évidence, la musique, c'est un peu trop rigide pour nos esprits rêveurs. Avec le peu de temps que j'ai à disposition, je préfère m'occuper d'image, d'écriture, de dessin, de peinture. C'est (presque) décidé, aujourd'hui, je mets mon violoncelle en vente et peut-être même, mon piano (pour m'acheter un réflex numérique, si, si, si, j'en ai vraiment envie).

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26 août 2010

L'imperfection de la vie

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C'est curieux, ce film qui raconte une histoire à priori triste, m'a donné un élan formidable. Il montre l'absence de ce mari qui meurt. Il montre cette famille qui essaie de continuer à vivre. Il montre cette femme qui n'a plus envie de se lever, de manger, qui arrive à peine à s'occuper de ses enfants dans les semaines qui suivent la mort de cet homme qui lui manque tant. Il montre l'imperfection de la vie. J'ai tendance à m'auto-dévaloriser, parce que je ne suis pas à l'image de ces femmes d'aujourd'hui, qui travaillent, font des enfants, cousent et tricotent et cuisinent comme leur grand-mère, leurs maisons prêtes à être photographiées pour un magazine de déco, se font belles pour sortir avec leur mari, voyagent et parfois même, font de la politique. Ma maison est souvent chaotique, il m'arrive d'être très gaie, il m'arrive aussi d'être complètement déprimée. Je peux être très présente et affectueuse avec mes enfants, mais parfois, je n'y arrive plus, je voudrais juste, à l'image de cette scène de Charlotte Gainsbourg jouant Dawn, laisser les humains, me coucher sur mon lit, pleurer, puis apercevoir la lumière du soleil qui traverse la fenêtre, comme elle me lever pour laisser les rayons caresser mon visage et sourire. Dawn est imparfaite, elle n'arrive plus à cuisiner ni faire les courses, elle montre à ses enfants sa vérité, ses limites.  Elle laisse la vie venir à elle, elle ne contrôle rien. Elle est Elle et donc tellement belle.

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25 août 2010

L'Arbre

Hier soir, nous avons réussi à faire une petite escapade, Jean-marc et moi, c'est rare car nous n'avons personne pour garder petite Bianca. Disons plutôt que nous ne sommes pas très organisés pour cela. Nous sommes partis au cinéma voir

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Madame zaza (le 16 août) en avait parlé sur son blog. J'avais vu un extrait, lu le sujet. J'avais si peur de pleurer tout au long de la séance. Madame zaza m'a assuré que le film, triste il est vrai, n'est pas larmoyant, qu'elle en était ressortie plutôt heureuse. Voilà, c'est fait, j'ai pleuré presque tout le film, des larmes très douces à l'image de ce film magnifique, tout en grâce.

Il s'agit d'un deuil.

Comme me l'a dit très justement Jean-marc à la sortie, lorsque nous avons réussi à parler, car nous étions un peu muets jusqu'à la voiture. "tout dépend comment tu abordes la question de la mort". Oui, c'est cela, tout dépend... Pour moi, la mort est une affaire compliquée. Je suis issue d'un milieu protestant non pratiquant. J'ai été exclue de l'enterrement de mon premier grand-père, puis de mon deuxième, ma chienne qui était malade, a été euthanasiée par le vétérinaire, la nuit, en urgence, alors que je dormais. Je n'ai pas pu voir son corps ni su où on l'emmenait une fois morte. Seif, mort dans ce lointain Yémen, sans que j'en aie eu la preuve... Lorsque mon beau-père est décédé après une semaine à l'hôpital suite à une attaque qui lui paralysait la jambe, le visage, je suis allée le voir au funérarium. Il semblait dormir, il avait retrouvé le visage que je lui connaissais avant son accident. Il était très beau. J'étais triste bien sûr, mais en même temps rassurée.  C'était ma première rencontre avec un corps mort. J'avais 39 ans...

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24 août 2010

Addendum

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Il y a encore un élément important que j'ai besoin d'écrire, que je rajouterai par la suite dans le billet

Une porte à dessiner - La chute d'Icare 4

qui disait:

Les premiers jours, je me sentais privilégiée de faire ce travail, et au fil du temps, l'interrogation grandissait, le doute s'installait, je ne comprenais pas pourquoi les yéménites avaient besoin de ces occidentaux pour "sauver leur patrimoine". Tout ceci me semblait être une mascarade. N'était-ce qu'une intuition? un peu féminine...

C'était une bonne intuition. Je n'ai pas eu besoin de chercher longtemps la réponse à mon retour. J'ai ainsi appris dans ma conversation avec mon prof qu'il y avait des enjeux politiques dans cette intervention culturelle. Le Yémen ayant pris parti pour l'Irak et Saddam Hussein au moment de la guerre du Golfe, l'Arabie Saoudite avait renvoyé des milliers de travailleurs yéménites (qui assuraient un revenu pour leurs familles) et coupé les aides financières accordées, puisque l'économie allait déjà très mal avant le conflit irakien. Le Yémen a dû faire appel à l'aide internationale (le FMI). Donnant-donnant: "on vous aide, vous nous laissez entrer explorer votre patrimoine."

Source ici: "Pour punir le Yémen de son soutien à l’Irak, l’Arabie Saoudite renvoie en quelques semaines près de 900 000 travailleurs yéménites dans leur pays. Simultanément, elle suspend son aide économique à celui-ci, tout en continuant de financer les tribus du Nord qui échappent au contrôle du gouvernement de Sanaa. Cette double mesure contribue à asphyxier économiquement le Yémen, le privant des transferts en devises de ses émigrés et y ajoutant le fardeau du chômage, alors même que l’aide financière se tarit."

Encore une fois, je ne comprends pas aujourd'hui l'inconscience des responsables qui ont pu envoyer ainsi six étudiants dessiner des portes et des fenêtres sans les instruire des données humaines, économiques voire politiques. Nous étions sur un terrain extrêmement conflictuel et cette tension, je la ressentais malgré la beauté du lieu.

23 août 2010

La Chute d'Icare (10 et fin)

"Le voyage est un travail et, sans doute aussi, un art.

Il n'autorise pas le laisser-aller, mais requiert le meilleur de notre acuité."

Extrait: "Du volcan au chaos, Journal sicilien" d'Edith de la Héronnière, aux éditions Pygmalion

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Marc Chagall

Hier après-midi, nous avons pris un peu de temps pour parler, Jean-Marc et moi. Il sait que j'écris et revisite ce voyage. Il m'observe je crois.

Suite du récit la Chute d'Icare:

Le soir, à l'hôtel, nous avons mangé avec un architecte suisse allemand qui faisait partie du projet, dans une autre partie de la ville. Il avait décidé de rentrer un peu au pays et faisait le voyage avec nous. Dans la conversation, il a compris que je voulais revenir à Sanaa (il ne savait pas pourquoi évidemment) et m'a proposé de travailler avec lui, parce qu'il ne pouvait pas rentrer dans les maisons facilement, en tant qu'homme. Une femme collaboratrice pour son travail lui aurait permis d'accéder à des informations précieuses. J'acceptais la proposition, il me semblait que tout s'articulait pour m'aider à retourner au Yemen. Nous avons décidé de rester en contact pour organiser ce projet. A l'aéroport de Genève, mon ami m'attendait. Je suis d'abord restée un peu chez lui à Genève, je lui ai raconté. Notre histoire était déjà sur le déclin avant mon départ. La rupture était amorcée. Puis je suis rentrée dans mon petit logis d'étudiante, à 60 km de là, par le train. Chez moi, à peine rentrée, le téléphone a sonné. C'était Seif. Je n'ai certainement pas eu des paroles rassurantes. Je crois que j'ai dit que je n'étais pas libre, un truc du genre. Je ne savais plus trop où j'en étais avec ma vie sentimentale. Et puis j'avais besoin de temps. Il n'entendait rien, il était encore sur son petit nuage. Il voulait que je lui envoie des photos de moi. Je lui ai écrit une lettre, pour lui dire que j'allais revenir dans l'hiver. Il m'avait écrit lui aussi. Au dos de l'enveloppe son nom, son adresse, celle du palais  où il avait sa chambre. Je n'ai pas retrouvé sa lettre dans les boîtes. Un jour, j'ai pris le téléphone, pour parler à l'architecte qui était retourné à Sanaa. Je voulais organiser le projet de ma venue et de mon travail éventuel avec lui. Je ne me souviens plus de la conversation exactement, mais c'est là que j'ai appris que Seif était allé partout dans Sanaa parler de notre histoire, qu'il se vantait de sa conquête, l'architecte riait, me disait qu'il ne croyait rien de tout cela. J'ai demandé si je pouvais parler à Seif. "Seif est parti, il a perdu la tête, apparemment il a été abattu à la frontière, tu sais, il y a des émeutes qui commencent au Yemen, peut-être une guerre civile à nouveau". Je ne voulais pas croire à sa mort. Je décidais que, coûte que coûte, il fallait retourner, pour vérifier, pour comprendre, pour accepter pour.....faire face à la mort.

En octobre, l'école recommençait. J'avais organisé avant mon départ le projet d'une année supplémentaire avec 4 autres étudiants, l'idée était de travailler sur un thème commun et d'exposer dans un lieu à l'extérieur de l'école. Une sorte de tremplin pour une vie d'artiste future. J'avais été, cette dernière année, un moteur pour la volée que je trouvais trop perso et je m'étais donnée beaucoup de peine pour organiser l'exposition de fin de quatrième, une salle pour chacun, l'envie de créer un esprit dans l'école, quelque chose de moins individualiste. Mon prof, celui qui nous avait envoyé au Yémen, soutenait notre initiative et devait suivre l'évolution de nos travaux. Je lui avais fait part de mon intention d'un retour à Sanaa. Il n'avait pas désapprouvé, comprenait mon envie, il était habitué aux voyages, était né en Afrique et savait qu'il est parfois difficile de revenir à la vie européenne. Un jour pourtant, alors que nous avions rendez-vous pour parler "arts plastiques", il m'a posé la question de front. Les histoires yéménites étaient arrivées jusqu'à ses oreilles. J'ai avoué ma liaison; il l'a très mal pris. De la morale d'abord "je t'avais fait confiance, tu étais la plus âgée". Le pire pour moi a été l'amalgame qu'il a fait avec les responsables du projet à savoir le comportement des autres membres de l'équipe, qui avaient bu, les filles qui ne prenaient pas garde à leur attitude (aller sur la terrasse se faire sécher les cheveux, dans un pays où les femmes sont cachées, surtout les cheveux..), toutes ces choses évoquées dans les billets précédents sont tombés sur moi comme un couperet comme si je portais toutes ces "erreurs" dans ma seule personne. Je n'avais plus la force de me défendre. Je n'avais plus la force de rien. Il m'a menacée de m'expulser de l'école si je retournais là-bas. J'ai eu peur, de devoir rembourser la somme des cinq années de bourse que l'Etat m'avait accordée, j'ai eu peur de tout.

L'année s'est déroulée. Tous les rendez-vous que j'avais pris avec ce prof, il les a zappés, une volonté délibérée de sabotage (il me l'a dit à la fin de l'année).  Je n'ai pas réussi à faire un travail cohérent. J'étais enlisée dans une pitoyable estime de moi-même. J'aurais eu besoin d'aide. Au moment de l'exposition, mes travaux étaient médiocres. J'avais même renoncé à la peinture qui était tout de même mon médium de prédilection pour partir dans des pistes plus contemporaines, plus à la mode, des installations pleine de discours. Mon père est venu, cette fois-ci, lui qui n'avait pas daigné venir voir mes peintures l'année d'avant. Il n'a rien compris à mon travail, ni à celui des autres, ce qui lui a permis de dire par la suite combien ce que j'avais fait était n'importe quoi et que l'école que j'avais suivie ne valait rien. La relation avec ma famille n'a cessé de se dégrader depuis.(évoqué ici et ici).

Ces hommes, dans ce projet, les sauveurs d'un patrimoine, qui disaient vouloir aider le sort des femmes yéménites qu'ils croyaient prisonnières dans leur palais, en créant un centre de parole pour les aider, n'ont pas supporté la femme européenne qui décide de vivre une histoire  librement, qu'ils ont jugée comme étant une vulgaire coucherie. Urs, qui a vécu des histoires avec des femmes, éthiopienne, puis somalienne, n'a jamais eu de blâme. Il a même, m'a-t-on dit plus tard, épousé celle à qui j'avais ouvert la porte, dans la nuit vous vous souvenez? L'épouser pour la sauver de sa condition de réfugiée somalienne au Yémen et lui offrir une situation en Suisse. Mon prof, un an plus tard, a quitté sa femme, pour aller vivre avec une élève....Les hommes s'autorisent à vivre leur vie d'homme, sans qu'il y ait de préjudice pour leur avenir professionnel, sans qu'il y ait de jugement. J'en suis encore dégoûtée aujourd'hui. N'ont-ils pas usé d'un pouvoir, celui de m'enfermer dans le palais de la morale?

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La chute d'Icare, titre de ce voyage, symbole d'un orgueil. L'orgueil du Prix de Peinture, qui m'a fait croire que j'étais arrivée à un accomplissement, l'orgueil de Seif, pour avoir séduit l'"européenne" et ce besoin de le crier sur tous les  toits,  mon orgueil d'être mise ainsi sur un trône de reine de pacotille.

Je n'ai plus réussi à peindre une seule toile depuis ce jour.

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Les photos demandées par Seif, qui n'ont pas pu arriver jusqu'à lui

J'ai mis du temps à me relever, il a fallu récupérer les morceaux éparpillés. Ce poème, lu hier, pourrait illustrer l'état dans lequel je me trouvais, lorsque j'ai rencontré Jean-Marc 

« Croyez-m'en bien mon vieil ami

on a coupé mes ailes

on a brouillé mon ciel

on a miné la terre sous mes pas d'espérance

on a tué mon ange

on a brûlé mon âme

on a drogué mon coeur

on a sali mon rêve

on a déchiré mon beau costume

dans une bagarre d'ivrognes spirituels

 

Croyez-m'en bien mon cher ami

je m'amène chez vous

dans un état très lamentable


 Voulez-vous bien me recueillir

pour une nuit

le temps de recharger

soigneusement

mes armes

celles de la colère de la révolte et de l'amour. »

Achille Chavée (1906-1969) extrait de "De vie et de mort naturelles" Editions Lucpire

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Une envie de bonne heure
  • la bonne heure est chaque heure et que d'aucune heure on ne peut dire qu'elle n'est pas la bonne. C'est une bon(ne) heur(e) parce que je la soulève dans mes bras. Je la prends à moi. "N'oublie pas les chevaux écumants du passé" de Christiane Singer.
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