Je crois que je n'ai pas été assez sincère dans mon texte d'hier.
Lorsque j'écris, je dialogue avec le Silence, ce qui me procure un
bien-être. Lorsque je vois que des visiteurs passent et restent silencieux, cela me procure un mal-être, malheureusement.
Parce que
en ce moment, dans ma vie, SILENCE se confond souvent avec INDIFFERENCE.
J'ai de la peine à savoir où je me situe, parfois dans la vie, en ce moment c'est surtout cette blogosphère qui pose question...Je suis certaine d'avoir envie d'écrire ici. Pas une envie, un besoin. Parfois pourtant, la peur me gagne. Pas celle de la page blanche, parce que j'ai tellement de mots qui se bousculent au bout de mes doigts. C'est plutôt celle de dire vraiment. Me dire. Les mots se posent, parfois maladroitement, je les corrige après coup, même publiés. La courbe des visiteurs continue à se faire, se défaire, se refaire. Que viennent-ils/elles chercher ou trouver? Beaucoup de silence ici, non pas que je recherche particulièrement des commentaires, peut-être inutiles. Je ne cherche rien d'ailleurs. J'ai juste besoin de laisser une trace de ma vie, pour qui? un dialogue avec le Silence...(?)
Il vaut mieux vivre imparfaitement sa propre destinée que vivre en imitant
la vie de quelqu'un d'autre à perfection... Tiré de La Bhagavad-Gita, texte yogique de l'Inde ancienne.
Voilà le genre de film, le genre d'images que j'aimerais tourner, parce qu'elles me rappellent les meilleurs instants de ma vie, des souvenirs d'enfance, d'adolescente, d'adulte, parce qu'elles rejoignent l'intemporel en moi, ce qui est connecté avec l'immuable, avec le beau, avec le divin. Un jour, je ferai un film, c'est sûr!
Noé, avant de savoir parler, aimait s'asseoir dans une belle posture de lotus, face au coucher du soleil, devant la maison, là où la vue est si belle, là où l'espace est vaste, où aucune limite ne pouvait l'emprisonner. Il parlait avec des sons mélodieux, accompagnés de mouvements qu'il faisait avec ses bras, tel un orateur. Il parlait au ciel, dans un langage que seul lui comprenait.
"Français-Rédaction: Noé a passé deux heures à ne rien faire prétextant ne pas avoir d'idées! Le règlement intérieur précise bien que les élèves doivent faire le travail demandé par les professeurs! Attention, des sanctions vont venir si Noé persiste dans cette attitude! Signé M. B. professeur de français au collège GB."
Première semaine d'école. Les élèves entrent. Le professeur leur demande d'écrire une rédaction, ils n'en ont jamais fait auparavant. Le sujet qu'il a longuement réfléchi et préparé pour habitude de donner à chaque début d'année scolaire "racontez votre rentrée, vos peurs et vos espérances pour cette première journée". Noé a réfléchi. Il s'est dit qu'il n'avait pas eu de telles sensations, ni peurs ni espérances. Il le signale au professeur. "Tu naka en inventer" dit-il avant de se remettre sur son ordinateur. Noé est doué à l'école, mais là, il a bloqué. Il sait très bien fuir la réalité dès qu'elle ne lui convient pas en s'évadant dans ses rêves, même en l'absence des paysages. Il les a si bien intégrés qu'il n'a plus besoin de les avoir sous les yeux. Il n'a rien écrit, le professeur n'a rien vu. Pire, il n'a pas aidé son élève, ni cherché à comprendre. Monsieur B sanctionnera peut-être, mais pour moi, Monsieur B n'a pas fait son travail d'enseignant qui consiste, entre autres, à donner des outils. Combien de fois me suis-je trouvée devant des élèves qui n'osaient plus dessiner, qui ne trouvaient plus le chemin pour faire le premier trait, la première tache. Il suffisait de peu de mots pour les brancher à cette source qu'ils connaissaient forcément. Leur donner l'envie, les connecter avec ce qu'ils sentaient et l'encre coulait les plumes ou les pinceaux se déliaient. Donner un coup de pouce, surtout lorsque l'élève est encore un enfant. Mais est-ce vraiment le souhait des enseignants aujourd'hui? La réussite pour le plus grand nombre? Transmettre plutôt qu'ordonner et sanctionner? Pour ma part, je faisais confiance à mes élèves, je savais que, lorsqu'ils ne travaillaient pas, ce n'était pas forcément de la mauvaise volonté. Ce soir, j'ai rendez-vous avec Mme la Principale. Je sens que ça va chauffer!
Depuis quelques temps, Bianca dit beaucoup: Maman, pas peuzon, parfois pas Meuzon.
Bianca veut sortir, elle veut voir du monde. Bianca en a assez de rester à la maison. Et ça tombe bien, moi aussi.
Donc, sortons. C'est ce que nous avons fait, vendredi, parties à 10heures du matin, déambulé au marché, acheté un porte-monnaie fabriqué en Inde, très joli, en cuir rouge avec un motif gravé en forme de coeur, et aussi une petite trousse assortie. Acheté des pêches blanches, rencontré D, puis P, puis B, puis O, parties manger sur une terrasse avec eux, sans B ni O, mais avec A, le fils de D (ça va? vous suivez...?) Bianca et Christiane, entourées de trois messieurs, tous contents d'être là, à parler, faire plus ample connaissance. Parties plus loin en voiture, à Beaune, chercher la peinture pour les encadrements de fenêtres, puis visité le magasin de décoration que j'aime tant et dont les étoffes précieuses seront toujours trop chères pour moi, acheté encore une peinture, rouge pour un mur vers l'ordinateur. Croisé plein de motards qui partaient au bol d'Or; Retournées sur Autun pour faire quelques courses à la coopérative bio qui me voit toutes les semaines depuis deux ans, puis nous avons continué au petit marché du vendredi soir, pris quelques fromages de chèvre et de vache chez D et quelques aiguillettes de canard chez P, P et D avec qui nous avions mangé le midi, quelques légumes encore, au jardin associatif et toujours Bianca qui disait: maman, pas meuzon, pas meuzon. J'aurais bien continué comme ça, jusqu'au lendemain, nous aurions pu partir danser? C'est à la tombée de la nuit que nous sommes rentrées, nos petit gars et le grand aussi nous attendaient. Il ne nous restait plus qu'à cuisiner.
La forêt est noire, la forêt est dense, il fait froid, il n'y a pas de lumière. Si, pourtant, un petit bout de lune qui éclaire le premier caillou...
Le petit Poucet, suite
Je me souviens que c'était dans la nuit du mercredi au jeudi. J'étais enseignante en arts plastiques dans un collège de ma ville. Il y avait aussi mon atelier de peinture où j'allais pour travailler le soir et les week-end, mais trop épuisée, j'allumais le chauffage, puis je m'asseyais et souvent, je m'endormais. Ma vie était triste, mon travail de prof ne me plaisait pas, je le vivais comme un véritable calvaire. Mes élèves m'aimaient bien pourtant, mais le contexte ne me convenait pas, les horaires, la charge de travail et la responsabilité de 200 élèves répartis en 9 classes, des adolescents cherchant perpétuellement des limites que je donnais à contre-coeur. Cela faisait 3 ans que je m'essayais à ce nouveau métier. Ma vie affective était difficile, pour ne pas dire vide. La blessure de mon aventure au Yémen était encore ouverte, mais je ne la voyais pas, je ne la voyais plus. Je n'avais pas traité l'hémorragie. Je me vidais de mon sang, de ma vie, mais je ne le sentais pas. Je croyais juste à une grande fatigue, due à mon travail. Or donc, cette nuit-là, je voulais dormir mais n'y parvenais pas. Le jeudi était ma plus dure journée de la semaine et je sentais que mes forces étaient à bout. Un premier sanglot, puis plus fort, toujours plus fort, jusqu'à crier en pleine nuit. Je vivais seule. J'ai appelé un ami, le matin. J'ai averti l'école. Ma voix pleine de sanglots, mon supérieur a compris mon état, m'a parlé avec beaucoup de douceur, me priant de faire le nécessaire pour aller mieux, de prendre le temps pour cela. Je n'y suis jamais retournée.
J'ai commencé alors une quête, pour comprendre ce qui m'arrivait. J'ai cherché de l'aide. Je n'ai pas toujours frappé aux bonnes portes, mais ici n'est pas la question. En plus de mes séances chez un psychothérapeute, disons traditionnel, la providence m'a guidée en différents lieux, plus improbables, notamment chez cette femme qui lisait dans les mains, non pas l'avenir, mais les blocages psychologiques et qui orientait les âmes égarées. Elle m'a indiqué la nécessité de travailler sur mon arbre généalogique, regarder mes ancêtres, les guérir pour me guérir. Je me suis rendue chez mes parents pour demander les livrets de famille, celui de mon père et de ma mère, et l'autre, plus précieux, plus ancien, plus inconnu de moi, celui de mes grands-parents paternels, et aussi celui de mes arrière-grands-parents.
Tu honoreras ton père et ta mère, c'est aussi cela. Sortir du silence, de l'ombre, de l'oubli, ces aïeux que mes parents auraient préféré oublier. Pour mon père, être vivant et fidèle au foyer était certainement la plus belle chose qu'il voulait nous offrir, tirer un trait sur le passé, sa seule issue. Pour ma mère, nous avoir élevé dans un climat sécurisant avec un mari à ses côtés, sans disputes apparente était la plus belle chose qu'elle pouvait nous offrir. Pour eux, tout était accompli. Quelle était cette fille alors qui s'offrait le luxe de ne pas aller bien, à l'heure où elle pouvait faire sa vie, être mariée et faire des enfants, cette fille qui avait "tout" reçu d'eux? Quelle était cette fille qui allait remuer l'âme des défunts? Une folle, une déséquilibrée, forcément. D'ailleurs, regardez, elle ne travaille plus, elle va voir des psy, c'est donc elle la malade, la bête noire de notre famille. C'est ainsi que commence une relation perverse. Celui qui repousse l'ombre qui l'habite, la projette sur l'autre , assez froidement finalement, pour ne pas souffrir.
J'ai rencontré mes aïeux, morts mais pas si bien enterrés, j'ai mis deux ans à réunir un bout de leur histoire et je ne le regrette pas. Mes recherches sont inscrites sur des papiers, dans mon étagère. Mes parents, mon frère n'ont pas pris connaissance de mes découvertes qui ne sauraient se résumer à "des noms, des dates". Le dénominateur commun est aujourd'hui facilement lisible pour moi: une négation du féminin si bien chez mes ancêtres maternels que paternels. Je ne suis donc pas surprise de constater que les liens se rompent de manière si brutale au moment de la naissance de ma fille. Pas surprise, juste....déçue ou triste. Je pensais avoir réussi à nettoyer le parasite de ce bel arbre que je dois accepter de regarder, avec ses imperfections, ses champignons, ses cassures. Il continuera sa croissance. Bianca et ses frères sauront bien trouver la lumière pour grandir et me poser les bonnes questions au moment opportun. Je ne manquerai pas de leur répondre. L'ombre ne me fait pas peur.
C'est de cette façon que je pense aujourd'hui avoir répondu et continuer à répondre à ce commandement: tu honoreras ton père et ta mère.
Tu honoreras ton père et ta mère. Ce commandement qui guide une partie de l'humanité, même inconsciemment. Ce commandement qui me hante, jour et nuit. Ce commandement qui peut être si mal interprété et nous mener sur le mauvais chemin, nous éloigner de la lumière!
Aussi loin que je me souvienne, je peux dire que j'aimais tendrement mes parents et mon frère aussi. Je crois même me souvenir que je voulais les protéger. Je les voyais se débattre parfois, comme nous tous aujourd'hui et secrètement, je demandais de l'aide, au ciel, à la terre, une forme de prière d'enfant, la meilleure certainement. Lorsque la tirelire de mon frère était vide, j'attendais qu'il s'éloigne et j'allais la remplir avec les sous de la mienne (bien qu'il fut mon aîné), car, en ce temps là, je ne dépensais rien. Je n'avais besoin de rien. Je crois que mon rôle était d'écouter, d'observer le monde qui m'entourait. Et comme je ne manifestais rien, sauf par des angines à répétition (tiens donc!), personne n'aurait pu se douter que cette petite fille n'était peut-être pas si contente qu'elle en avait l'air. Et puis j'ai appris à jouer, parce que mon père aimait lorsque je faisais le clown ou lorsque je m'amusais à imiter une scène vue à la télévision. Il a dit plus tard qu'il pensait que mon talent était celui d'une actrice. J'avais bien essayé d'intégrer une troupe de théâtre à 18 ans. Non, je n'étais pas capable de jouer "pour de vrai". Un bon acteur se connaît, un bon acteur n'est pas égaré. Moi, à force de jouer une petite fille que je n'étais pas au fond, je me suis perdue. La vraie Christiane, avait-elle pris soin de mettre quelques cailloux dans sa poche et surtout de bien les semer sur son chemin?
Lorsque la pluie a commencé hier après-midi, toute en douceur, je n'étais pas mécontente. Curieux... Je crois que tout l'été, en arrière-fond, je pensais à l'hiver qui allait revenir. Ce n'est pas cohérent de ma part, puisque je parle souvent de vivre au présent. Lorsque je suis arrivée dans cette région, j'étais surprise de la préoccupation des habitants à penser l'hiver en plein été. Ici, on prépare le bois de chauffage au printemps, en été, en automne et même en hiver. Ici, tout simplement, on se bat avec les intempéries et bien plus que dans ma vie d'avant, en ville, j'en mesure les conséquences. Hier, j'étais soulagée, ma migraine venait de passer son chemin. Le corps, bien qu'épuisé, retrouvait un peu de sa souplesse. Et puis, je dois l'avouer, même si j'ai tout pour être heureuse après tout, une mélancolie m'habite et je ne peux lutter contre. Je l'apprivoise depuis des années maintenant et même si je sais qu'elle date de ma plus tendre enfance, c'est à 29 ans que j'ai commencé à m'en occuper, à mon retour du Yémen, en faisant appel à une thérapeute. Ce travail avait ouvert les premières vannes. Je n'avais pas eu le courage de continuer. C'est mon corps qui a crié 3 ans plus tard, qui a demandé que je m'occupe enfin de ces zones d'ombre, des non-dits, des secrets de famille, de tout ce qui fait qu'une personne ne va pas bien au fond. Je savais bien que j'avançais vers plus de vie, vers un début de guérison en somme. Je ne savais pas que cette re-construction allait détruire mon lien avec mes parents et mon frère, car au jour d'aujourd'hui, il n'y a plus de communication entre nous. Et voilà pourquoi, par moments, je plonge dans une sorte de coma, une demi-mort. Je pourrais me mentir, vous mentir, photographier sans cesse mes enfants, les beaux paysages environnants et faire croire à un bonheur lisse. Il y a d'un côté un vrai bonheur, mais pas seulement. Il y a une honnêteté que je dois à moi-même mais aussi aux quelques lecteurs qui viennent ici, à ceux qui ont la générosité d'y déposer un mot, une trace, qui me fait souvent avancer. Il y a une honnêteté que je dois aussi à mes enfants qui liront ces lignes plus tard, lorsqu'ils seront grands et qu'ils chercheront à comprendre pourquoi ils n'ont plus vu leurs grand-parents, leur oncle, leurs cousins, pendant un certain temps ou définitivement. Qu'est-ce que j'en sais, au jour d'aujourd'hui? Ce que je sais, c'est que j'ai enfin compris que le regard que cette famille veut porter sur moi leur appartient, que je ne suis pas CELA. Ce que je sais, c'est que je ne peux pas par ma volonté, par mes mots, les convaincre de quoi que ce soit. Je dois lâcher prise, il n'y a plus que cela. Ne rien faire. Ne rien vouloir.
Je ne sais pas quand j'ai commencé mon errance. A ma naissance? Bien après? La vie de sédentaire ne me correspond pas au fond, même si je n'ai jamais tenté le nomadisme qui est entrain de disparaître de notre environnement, une sorte de génocide? pour mon plus grand regret. J'aime l'idée de l'errance. Peut-être est-ce juste l'idée qui me fait rêver. J'avais déjà apprécié le thème du film "Paris-Texas" de Wim Wenders. L'autre soir, nous avons allumé la télévision, ce que nous n'avons pas fait de tout l'été. Jean-Marc et moi sommes cavaliers dans l'âme et aussi, aventuriers. Lorsque nous nous sommes rencontrés (il était déjà papa de deux filles) nous pensions faire un long voyage à cheval. Mais nous avions aussi très envie de faire un enfant et parce que nous nous sommes connus tard, il fallait bien commencer par le plus urgent...Ses deux filles sont grandes, nos trois enfants grandissent, peut-être pourrons-nous bientôt concrétiser ce vieux rêve?
Une méchante migraine qui me tient depuis 2 jours. Quelques courses indispensables pour les garçons, hier après-midi , alors qu'il faisait si beau. Ce temps passé dans des magasins. Le pire, cette musique ce bruit permanent dans des haut-parleurs de mauvaise qualité, qui ont achevé mon état physique, et les dépenses, qui ont achevé le compte en banque. Nous ne sommes pas partis en vacances. Jean-Marc travaille beaucoup, mais il ne reste presque plus une miette. La vie est trop chère ou nos dépenses trop importantes, je ne sais pas. Aujourd'hui, j'ai pris un temps sous le châtaignier, mon refuge, l'endroit où j'aime rêver. Le mal de tête n'est pas parti, je regardais le ciel, les feuilles et le soleil qui essayait de me caresser le visage même si j'avais du mal à le supporter, vu mon état. Les enfants sont venus me taquiner avec quelques bulles, ils voulaient peut-être m'apporter un peu de légèreté.
la bonne heure est chaque heure et que d'aucune heure on ne peut dire qu'elle n'est pas la bonne. C'est une bon(ne) heur(e) parce que je la soulève dans mes bras. Je la prends à moi. "N'oublie pas les chevaux écumants du passé" de Christiane Singer.