Cet enfant représente un miracle pour moi.
C'est mon fils, le premier. J'ai vécu une grossesse heureuse, parce que j'attendais depuis longtemps cet état privilégié. Il y a eu ce début, un peu chaotique, le fossé entre le rêve de l'enfantement et la réalité, qui parfois nous submerge...
Son prénom choisi en lisant un article sur le cinéaste Elia Kazan...
Prénom grec, prénom solaire.

Elia est né lumineux!
Elia a grandit, très entouré de son papa, de sa maman, et de ses deux soeurs, filles de son papa. Puis il a accueilli son petit frère, 17 mois seulement après sa naissance, ils ont été co-allaités, élevés comme des jumeaux. Des nuages sombres sont arrivés sur cette famille, dans laquelle il est né: des difficultés de toutes parts, avec ma famille d'origine, avec celle de son papa, des conflits avec les relations du passé de son papa. Elia m'a vu me débattre dans des disputes familiales où j'étais dévalorisée, ainsi devenir un être triste, parfois colérique, il voyait que je n'arrivais pas à faire ma place dans ce monde, il sentait peut-être notre désarroi: survivre plutôt que vivre. Petit à petit, sa lumière faiblissait. Je voyais bien que quelque chose n'allait pas, je sollicitais des médecins, l'institutrice des maternelles: "ne vous inquiétez pas, c'est le complexe d'Oedipe." Un jour de printemps, en 2004 plus exactement, il est rentré plus fatigué que jamais, un immense hématome dans le dos, je pensais que des enfants l'avaient frappé à l'école. Il n'en était rien. Elia était malade, gravement. Il souffrait d'une leucémie, nous l'avons su une semaine plus tard, suite à une prise de sang indiquant que le corps (l'âme?) était à bout. Alors que ma vie basculait ainsi, en un court instant, j'aurais pu me liquéfier ou me laisser endormir par des médicaments souvent prescrits dans ce genre de circonstances, devenir un être passif, subissant mon destin silencieusement, dans l'endormissement. Ou peut-être que.....tiens, si je parvenais à faire le vide, à me libérer un seul instant de ma peur, je pourrais entendre et accueillir une force de vie incroyable qui porte des noms: tous ces noms ont été abîmés et souillés, alors j'hésite à les écrire, et pourtant.... La foi (universelle bien sûr)? L'amour? Je m'apprêtais à chauffer au micro-onde un plat cuisiné industriellement (c'est de cette façon qu'ils sont nourris à l'hôpital, les enfants soignés en chambre stérile) pour mon petit garçon âgé alors de cinq ans. Des chimiothérapies passaient dans son cathéter, mes mains gantées, mon visage masqué et mon corps recouvert d'une longue robe hospitalière couleur vert-chirurgien. Allais-je m'écrouler, devant cette ironie du sort, moi la maman bio, qui avait allaité si longtemps son enfant, anti micro-onde et tutti quanti? Je suis restée debout, parce que, à mon grand étonnement, Elia souriait sous sa bulle. Il avait confiance... Et aussi, quelque chose d'inattendu s'est produit à cet instant: une force douce et enveloppante est descendue sur moi, m'indiquant, je crois même avoir entendu la voix, que l'amour peut tout. Et avec cette conviction, cet état de foi inconditionnelle, j'ai chauffé ce plat, dans le micro-onde, sans la moindre hésitation et j'ai regardé avec joie mon petit bonhomme le déguster. Jean-Marc et moi avons revisité nos vies, mis à plat les conflits qui nous habitaient, nous ne pensons pas que la maladie vienne par hasard, ni qu'elle soit une punition d'ailleurs. Simplement, un appel à la vie, à plus de vie. Un appel à un Eveil. Nous l'avons accompagné en alternance, sans jamais le quitter, dans ces 3 mois de chambre stérile, 1 an d'hospitalisation presque complète, 2 ans et demi de traitements et le voilà, tellement fort à présent. Il a eu onze ans le 1er janvier, il a retrouvé toute sa lumière.
Aujourd'hui, par écrit, je voudrais rendre grâce de ce miracle: la guérison d'Elia.
