Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Une envie de bonne heure
Publicité
6 septembre 2010

LA STEPPE

ULZHAN_1

Je ne sais pas quand j'ai commencé mon errance. A ma naissance? Bien après? La vie de sédentaire ne me correspond pas au fond, même si je n'ai jamais tenté le nomadisme qui est entrain de disparaître de notre environnement, une sorte de génocide? pour mon plus grand regret. J'aime l'idée de l'errance. Peut-être est-ce juste l'idée qui me fait rêver. J'avais déjà apprécié le thème du film "Paris-Texas" de Wim Wenders. L'autre soir, nous avons allumé la télévision, ce que nous n'avons pas fait de tout l'été. Jean-Marc et moi sommes cavaliers dans l'âme et aussi, aventuriers. Lorsque nous nous sommes rencontrés (il était déjà papa de deux filles) nous pensions faire un long voyage à cheval. Mais nous avions aussi très envie de faire un enfant et parce que nous nous sommes connus tard, il fallait bien commencer par le plus urgent...Ses deux filles sont grandes, nos trois enfants grandissent, peut-être pourrons-nous bientôt concrétiser ce vieux rêve?

Quelques images de ce film superbe.

ULZHAN

ULZHAN_2

ULZHAN_3

ULZHAN_5

Publicité
22 août 2010

Signes particuliers - La Chute d'Icare (8)

OE6_183009

La pratique du tatouage au henné est utilisée à des
fins plus esthétiques que religieuses.

Enfin pour nous, femmes musulmanes, le henné est une
parure recommandé par le Prophète, paix et bénédictions sur lui. Nous
pouvons en mettre sur les mains ainsi que sur les pieds, .... Sous forme
de tatouages plus ou moins créatifs, cela dépend des goûts. Grâce aux
Henné sur les mains nous nous démarquons des hommes. Cela met en avant
notre féminité et notre grâce . Le Henné nous embellies.

Le Prophète,paix et bénédictions sur lui, est rentré
chez une femme mariée et lui a dit :

« Teins tes mains avec le henné, car si l’une
de vous délaisse la teinture avec le henné, ses mains deviendront comme
celles des hommes. »
  Cette femme, par
la suite n’a jamais cessé de teindre ses mains avec le henné, même
lorsqu’elle  avait  80 ans elle a continué à le faire.
Rapporté dans Al Mousnad (recueils de hadith rédigé par l’imam Ahmed)

CCF19082010_00062

Ces dernières journées à Sanaa n'ont pas été faciles. J'aimerais que la machine à remonter le temps existe, pour pouvoir poser les bonnes questions à cet homme dont je ne sais rien, sinon son prénom, Seif, et son nom de famille Mohammed.,un père yéménite et une mère d'Ethiopie. Un grand-père vivant à Sanaa. Il avait peut-être trente ans, peut-être moins. Depuis quand vivait-il ici, où se trouvait sa famille? En Ethiopie? au Yemen? Pourquoi travaillait-il pour cette organisation étrangère?

Je suis donc partie finir mon travail. Comme d'habitude, en fin de matinée, nous buvions notre thé chaud, toute l'équipe, assis en haut du Palais, à l'intérieur cette fois-ci, dans la pièce où je dessinais ma porte. Soudain, Seif a fait son entrée. Jamais auparavant il n'était venu sur le chantier. Il tenait dans sa main un sac d'où il a sorti des bijoux, il s'est approché de moi et m'a parée de colliers, bracelets, comme une reine que l'on vénère. Je ne savais plus quoi dire, les autres étaient bouche bée. J'aurais tellement préféré qu'il reste discret, qu'il comprenne l'importance du secret. Non, il avait besoin, pour se valoriser certainement, d'officialiser notre nuit. C'était touchant d'un côté et presque grotesque de l'autre.  J'ai encore passé du temps avec lui, après le travail. Nous avons mangé ensemble dans un restaurant ethiopien de la ville. Il y tenait absolument. Un taxi nous a emmené dans un quartier que je ne connaissais pas encore, loin des gratte-ciel de terre. Il semblait être connu dans l'établissement.  Nous avons été placé dans une salle, peut-être une place réservée aux couples. La nourriture ethiopienne consiste en une grande galette sur laquelle se trouvent des mets différents, de viande, de légumes, qu'il faut prendre à l'aide d'un petit morceau de galette comme une pince dans la main droite. Seif prenait un peu de nourriture dans sa main et me l'a donnait à déguster, délicatement, portait sa main à ma bouche. J'ai compris plus tard qu'il s'agissait d'un geste que font les amoureux et qui montrent ainsi publiquement leur liaison. Il y a eu cette après-midi passée avec mes deux collègues filles chez la voisine, qui tenait absolument à nous voir avant notre départ. Elle avait organisé une séance de tatouage au henné. Des heures durant, une femme engagée pour cela a dessiné des motifs sur mes avant-bras et mes mains, à l'aide d'un bâtonnet et de pâte presque noire. Je me souviens de son air désolé lorsqu'elle a compris que je vivais seule dans un appartement en ville. Elle avait deviné mon âge, parce qu'elle avait l'habitude de toucher les mains des femmes. Pour elle, dans sa culture, dans ses références, le pire châtiment serait de vivre ainsi, célibataire, sans liens familiaux. Cette expérience m'a montré à quel point il est important de penser les choses dans leur contexte. Les occidentales qui pensent que les yéménites sont malheureuses parce qu'elles sont voilées et prisonnières dans leur palais, et les yéménites qui pensent que les européennes sont à plaindre lorsqu'elles ne sont pas mariées et qu'elles vivent seules dans leur immeuble, sans leur mari, sans père ni mère...

Alors que la peinture se réalisait sur mes mains, la voisine s'est mise à me parler de Seif, disant qu'elle ne l'appréciait guère, qu'elle le détestait même. Son visage devenait presque agressif en parlant de lui. Elle a fini par dire qu'elle n'aimait pas les hommes qui ont la peau noire. J'aurais voulu partir, courir loin de cette maison, de cette ville, ne plus rien entendre.  La tête me tournait. Pourquoi avait-elle besoin, à ce moment, de me parler de lui? On aurait dit qu'elle savait, elle aussi. Je suis rentrée dans ma chambre le soir, épuisée, les avant-bras bandés pour protéger les tatouages. J'aurais dû les garder jusqu'au lendemain soir pour que le dessin s'incruste bien dans la peau.  Dans la nuit, j'ai tout arraché.

CCF19082010_00047


CCF19082010_00078

18 août 2010

Une porte à dessiner...La Chute d'Icare (4)

CCF18082010_00000 CCF18082010_00007

CCF18082010_00011 CCF18082010_00013

CCF18082010_00002

CCF18082010_00003

Je n'avais pas pris le temps d'étudier l'histoire de ce pays avant de partir. J'étais naïvement envoûtée par ce que la première équipe avait raconté à son retour, à savoir la beauté du pays, de l'architecture, le plaisir qu'ils avaient eu à découvrir cette ville et les excursions qu'ils avaient faites lorsqu'ils n'étaient pas sur le chantier. Ce chantier où j'ai à mon tour passé trois semaines... Un palais abandonné? Un palais que les occidentaux se sont appropriés? Un projet de rénovation et de protection d'un patrimoine classé par l'Unesco. Cette ville, qui a longtemps vécu loin de la modernisation, et dont les fondations reposaient sur un précieux équilibre du sol, une nappe phréatique fragile, irriguée par les rares saisons des pluies, une architecture savante qui permettait un écoulement des eaux sans égouts. Un circuit naturel absorbait tous les déchets, tout devenait combustible une fois séché, puis cendre, pour l'engrais de la ferme. Je crois que cette intelligence a cessé avec l'arrivée des toilettes modernes, des laves-linges, des bouteilles d'eau en plastique, d'une vie moins moyen-âgeuse certes, mais qui menace les fondations même de cette ville bi-(tri?) millénaire. La ville et ses gratte-ciels  de terre menace de s'effondrer. L'histoire de ce pays est riche, longue et compliquée, plusieurs civilisations s'y sont côtoyées, plusieurs religions. Les vitraux des palais ont probablement été fabriqués par de fabuleux artisans juifs ainsi que d'autres éléments certainement.

Nous étions là  pour dessiner les portes et les fenêtres. Je devais relever précisément la porte de la dernière salle et ses détails à l'aide d'un fil à plomb et d'une règle millimétrée puis reproduire sur une grande feuille cette petite merveille fabriquée par un artisan, qui lui, n'avait pas utilisé un seul instrument de mesure. Ils avaient paraît-il les proportions et les mesures en eux, un savoir-faire ancestral. Le matin, nous partions du petit palais de terre que nous habitions, loué par l'organisation culturelle à des yéménites, nous devions traverser une partie de la ville. Je montais alors au dernier étage où ma porte m'attendait. De là, je voyais la vie de Sanaa et de ses habitants, des bruits lointains de klaxons de mobilettes, ponctuée par le chant du muezzin aux heures de la prière. En milieu de journée, un petit garçon nous apportait du thé à la menthe chaud et sucré que nous prenions tous ensemble sur les terrasses situées sur les hauteurs du Palais. Nous étions là bénévolement "une chance pour vous, nous avait-on dit...". Les premiers jours, je me sentais privilégiée de faire ce travail, et au fil du temps, l'interrogation grandissait, le doute s'installait, je ne comprenais pas pourquoi les yéménites avaient besoin de ces occidentaux pour "sauver leur patrimoine". Tout ceci me semblait être une mascarade. N'était-ce qu'une intuition? un peu féminine...

CCF18082010_00008

CCF18082010_00006 CCF18082010_00009

CCF18082010_00001 CCF18082010_00004

CCF18082010_00010 CCF18082010_00005

CCF18082010_00016

17 août 2010

Etre une femme au yemen "(3) la chute d'Icare, suite"

CCF17082010_00005

photographie prise par Peter Aerni

A mon retour, je disais souvent que les femmes "là-bas" n'étaient pas emprisonnées comme on le croyait en Europe, que c'était magnifique de les voir bouger sous leurs tissus, que toute une féminité se dégageait ainsi, de manière subtile et secrète, que les femmes dans les maisons étaient très joyeuses, dansaient, fumaient, mâchaient du Qat librement, que certaines avaient été mariées, puis avaient divorcés, que d'autres allaient à l'université.

Aujourdh'hui, je ne sais pas quoi en penser. Je suis allée me promener au bord de l'étang avec Bianca, nous avons croisé un photographe et quelques marcheurs. Je peux me promener librement, avec une robe longue ou courte, claire ou foncée, les cheveux dans le vent. Si il faisait chaud, je pourrais me baigner et personne ne m'en empêcherait. Ce n'est pas ce que vit la femme yémenite. Elle ne sort pas librement, elle n'étudie pas librement et je ne pense pas qu'elle marie un homme librement. A elles de nous le dire un jour peut-être, avec leurs mots. J'ai essayé de parler avec elles. Nous allions quelquefois, les deux autres étudiantes et moi-même dans une maison voisine, visiter une jeune femme très belle, qui nous offrait du thé ou un citron glacé (délicieuse boisson faite avec du citron vert, du sucre et des glaçons). Je ne me souviens plus de son prénom. Le soir, une autre femme la rejoignait, plus âgée, fatiguée et un peu triste. La jeune femme nous disait que c'était sa soeur, mais j'ai appris plus tard qu'il s'agissait de sa mère. La jeune fille ne sortait jamais ou rarement. Elle était issue d'une union que le père avait désapprouvé, je crois avoir compris cela. Je n'ai jamais pu parler avec la femme plus âgée, savoir son histoire. Elle passait ses après-midi dans les salons (mufredge) dans la ville, (je pense que cette famille faisait partie de la couche aisée de la population) à mâcher du qat et fumer le narguilé. Un jour, elle nous a invitées à l'accompagner dans un de ces salons. Les femmes fumaient, mâchaient, étaient un peu absentes.  Au fond du salon trônait une jeune femme, apparemment une jeune accouchée, la tradition étant que, les quelques mois qui suivent l'accouchement, elle soit entourée et choyée avec des gâteaux de tous genres. Je ne sais pas où était son bébé. Tout était si difficile à comprendre. Je ne retrouvais pas la complicité que j'avais rencontrée en Afrique, avec les femmes.

Bianca_et_tatane_libert__009Bianca_et_tatane_libert__020Bianca_et_tatane_libert__027Bianca_et_tatane_libert__045Bianca_et_tatane_libert__038Bianca_et_tatane_libert__018

17 août 2010

La Chute d'Icare (2)

CCF17082010_00000 CCF17082010_00002

CCF17082010_00001 CCF17082010_00003

Je voulais ranger la chambre d'Elia. Je suis tombée sur ces quelques boîtes. La chambre, pour le coup, est toujours en désordre , parce que, une fois ouvertes, les souvenirs sont revenus. J'ai retrouvé les rares photos prises là-bas, dans ce Yemen d'un autre temps, l'Arabie Heureuse me disait-on avant mon départ. Je ne suis pas certaine que cette ville ait beaucoup changé. J'ai visité quelques blogs qui parlent de cet endroit aujourd'hui. Les photos sont belles, bien plus belles que les miennes, ils ont réussi à photographier les femmes voilées, les hommes qui mâchent du Qat, cette herbe euphorisante que tout le pays consomme dès le milieu du jour, même les femmes. Cette herbe qui a peut-être fait la perte de l'économie nationale, car les yéménites rêvent. Et moi, je les ai aimés comme cela. Assis sur leur matelas dans le souk, détendus, souriants. Je n'ai jamais, de tout le séjour, osé les prendre en photos.

Les souvenirs de mon voyage sont difficiles à rassembler, je crois que j'ai enfoui ce vécu si profondément dans ma mémoire qu'il me faudra plusieurs billets pour mettre de la lumière sur cette aventure. Tout a commencé à l'aéroport de Genève. Nous devions être six au départ, je ne sais vraiment plus pourquoi, mais nous étions deux, Peter, pour qui c'était le deuxième départ pour ce projet, et moi. Notre prof de peinture était là pour nous donner les billets et les dernières recommandations. Je crois qu'il était inquiet de l'absence des quatre élèves qui allaient nous rejoindre plus tard. Il était de la partie au dernier voyage, celui du printemps, il ne viendrait pas cette fois. Mon "petit ami", celui avec lequel j'étais parti en Afrique et que je fréquentais depuis 4 ans, m'avait accompagné jusqu'à l'aéroport. Le matin, je crois que j'avais très peur de partir. J'aurais voulu qu'il me rassure, qu'il m'entoure de son courage, lui qui avait tant voyagé. Quelle ne fût ma surprise lorsque, alors que je sortais de la salle de bain pour m'habiller, il me tendit un petit paquet qui m'horrifia: "prends-les, on ne sait jamais ce qui peut arriver". Je n'irai pas par quatre chemins, il s'agissait d'une boîte de préservatifs. La douleur de ce geste m'a accompagnée jusqu'à mon atterissage à Amman, un transit de deux heures avant de prendre le vol pour Sanaa.  Nous sommes arrivés tôt le matin, le jour n'était pas encore levé. Le chef de projet, un zurichois qui parlait français avec un accent  et l'homme de service de ces Messieurs, Seif,  yéménite par son père, éthiopien par sa mère, nous ont accueillis et emmenés dans la Range jusqu'à notre palais, au centre de la vieille ville de Sanaa. Peter m'a proposé d'aller sur le toit de ce gratte-ciel de terre et nous avons entendu le premier appel à la prière, le chant du muezzin. Seif était avec nous.

CCF17082010_00004

Publicité
4 août 2010

Les Retrouvailles, 1er mouvement

DSC08821

Impossible de redémarrer l'ordinateur depuis l'orage de dimanche soir...Le voilà réparé, l'alimentation changée, rien de grave.

La semaine dernière, une fatigue immense, incompréhensible. L'inertie. L'envie de partir à Lyon voir Bram Van Velde et son frère Geer.  Je pensais d'abord y aller samedi, puis il y a eu ce dimanche matin, très chaud, très lourd. J'avais envie d'être avec Jean-Marc et peu de force pour entraîner tout ce monde jusque là-bas...Partir que les deux? ce serait si bien!

DSC08842DSC08847DSC08859DSC08866

A la fin de la journée, je suis retournée sur le site du musée et j'ai senti qu'il était INDISPENSABLE pour moi d'y aller. Une énergie venait de naître en moi. J'ai d'abord fait une réservation pour 5, puis, après discussion, pour 3, les deux garçons préférant rester sur la colline chez leurs copains. J'ai failli renoncer, puis l'élan a continué, les copains ne seraient pas là le lundi, "nous irons tous, dans ce cas" avait dit Jean-Marc. Les garçons, soudain un peu plus motivés par la perspective de manger des glaces en ville. Et puis, au milieu du repas, la décision était presque prise; tu pourrais y aller seule, je m'occuperai de Bianca, avait-il dit. Tu as besoin de calme pour voir cette expo. Noé pourrait m'accompagner? J'ai pensé à lui, parce que Elia disait qu'il s'en fichait complètement d'aller voir les peintures. D'accord, avait dit Noé. Je me suis couchée sans avoir cliqué sur "confirmez" pour nos deux billets.

DSC08869

DSC08881

 

Nous sommes partis le lundi matin. La colline était dans le brouillard après cette nuit d'orage. Au moment de quitter la maison, Bianca dormait encore. Elia, qui disait ne pas avoir envie de venir du tout, a manifesté son mécontentement... Il s'est mis à pleurer, il ne pouvait plus parler. "Tu as 5 minutes pour t'habiller et venir avec nous" je voulais l'encourager et lui montrer qu'il n'était pas mis de côté. Mais il ne voulait plus rien dire, juste pleurer. J'ai caressé sa nuque, ses cheveux, et son papa m'a conseillé de partir, au risque de manquer ce TGV. La voiture démarrée, j'ai demandé à Noé d'aller encore dans la maison, vérifier que son frère allait bien, et qu'il pouvait changer d'avis. Au bout du chemin, j'ai encore appelé avec mon portable. Pfff! le détachement...

16 août 2010

La Chute d'Icare (1)

la_chute_d_icare_3C'était l'été.
Je n'étais plus si certaine de vouloir y aller.
Mais je m'étais engagée.

Une première équipe avait fait ce voyage au printemps, six étudiants de l'école et trois profs. Sur place un directeur de projet, un peu jeune pour cette responsabilité.  Il s'agissait de la rénovation de certains bâtiments à Sanaa...cette ville perchée sur le plateau montagneux, au nord du Yémen. La France, l'Italie, l'Allemagne  tous mandatés par l'UNESCO et la Suisse avec Pro Helvetia s'étaient partagés quelques palais de cette ville. Ce pays longtemps fermé à toute investigation archéologique avait ouvert ses portes aux étrangers, c'était en 1992. Juste après la guerre du Golfe.

Cette quatrième année des beaux-arts s'était magnifiquement bien passée, riche en découvertes, un début d'envol parce que je me sentais plus à l'aise avec toutes ces disciplines.  Dans les locaux du Château où sont remis les diplômes des écoles officielles dans mon pays d'origine, j'ai reçu ce même été, à ma grande surprise, le prix de peinture.  Mes parents étaient présents, au fond de la salle je crois. Mon père est reparti à son travail sans venir au vernissage des travaux exposés, il n' est pas allé la voir du tout d'ailleurs. Mon frère l'a visitée quelques jours plus tard, a fait le tour de toutes les salles, a dit qu'il "aimait  bien" le travail de C. qui exposait au dernier étage. Moi, j'étais au rez-de-chaussée. Il n'a rien dit sur mon travail. Une déléguée d'une collection privée m'avait contactée par lettre, pour indiquer qu'elle était intéressée à suivre mes travaux futurs. Ce décalage d'intérêt m'avait beaucoup troublée. Je n'ai pas bien compris l'indifférence de ceux que je pensais être forcément proche de moi, quel leurre! J'ai à contrario trop bien accepté la notion de succès... Le chemin du succès est une mauvaise piste (Bram Van Velde). Ce même été encore, mon frère se mariait.  Il a présenté les invités les uns aux autres, nous nous tenions en rang et il décrivait le lien qu'il avait avec nous. Lorsque ce fut mon tour: "Christiane, ma soeur, qui part au Yemen demain". Ce fut tout. Je rentrais assez tôt,  pour terminer les préparatifs de mon voyage. Je ne suis pas certaine d'avoir félicité les mariés, un pressentiment peut-être, car ce mariage n'a pas duré.

Le lendemain, je partais pour Sanaa.

22 juillet 2010

Une chambre à soi

DSC06966Que ce soit dit une fois pour toutes: la vie ici, comme elle est, n'est plus possible pour moi. J'ai besoin d'une "chambre à moi" d'un espace où personne ne viendrait m'interrompre dans ma rêverie, dans un travail que j'aimerais faire, que ce soit dessiner, écrire, coudre ou me reposer. Je ne me sens pas respectée: Entre qui veut quand il veut dans cette pièce où se trouve mes affaires, notre chambre est encombrée de linge, notre petite dort dans cet espace, les garçons occupent l'étage du haut, petit mais coquet, enfin, pourrait être coquet s'il ils voulaient bien maintenir un minimum d'ordre. C'est en bazard permanent, même si je l'ai souvent rangé et arrangé. La maison est trop petite pour tout ce monde. Lorsque j'écris sur cet ordinateur, sur ce blog par exemple, les êtres qui occupent cette maison, ou ceux de passage, me parlent, m'interrompent, font comme si cela n'avait pas d'importance. D'ailleurs, ce blog n'est pas lu, ni par ma famille, ni par mes proches...J'ai usé de pudeur jusqu'à ce jour, sachant que je pourrais être lue d'eux, je pensais qu'ils viendraient là, pour mieux me connaître. Il n'en est rien. Ils considèrent certainement ce blog comme mon bac à sable, mais pour moi, c'est devenu un endroit plus important que ce que j'aurais pu imaginer en l'ouvrant en mars dernier. Cela m'aide à me construire, à tisser cette colonne vertébrale qui faisait défaut à mon équilibre.  Je ne sais pas encore comment je vais pouvoir créer cette "zone interdite". Je n'ai pas les moyens d'aller louer un atelier ou une chambre à l'extérieur. Notre maison est encore en construction, bâtie sur un terrain magnifique, avec une vue splendide. Soit. Mais c'est devenu une prison pour moi, une cage dorée, parce que je ne suis pas respectée dans mes besoins. La mise au point est à faire, les comportements doivent changer. Les dialogues doivent s'établir vraiment, sinon, le navire va échouer, c'est certain. La coque est encore solide, mais il ne faut pas un coup de plus.

25 juin 2010

2. VIVRE LE PRESENT (KAIROS)

VIVRE LE PRESENT


CCF17022008_00001

Etre à l'écoute
Voir avec le coeur
Saisir l'instant



Le Kairos est le temps de l'occasion opportune. Il qualifie un moment.

« Maintenant est le bon moment pour agir. »

Le Kairos, une dimension du temps n'ayant rien à voir avec la notion linéaire Chronos (temps physique), pourrait être considérée comme une autre dimension du temps créant de la profondeur dans l'instant. Une porte sur une autre perception de l'univers, de l'événement, de soi. Une notion immatérielle du temps mesurée non pas par la montre, mais par le ressenti.

Le Kairos est un jeune éphèbe grec qui ne porte qu'une touffe de cheveux sur la tête. Quand il passe à notre proximité il y a trois possibilités :

1) on ne le voit pas;

2) on le voit et on ne fait rien;

3) au moment où il passe je tends ma main pour saisir sa touffe de cheveux et je l'arrête (j'arrête le temps) .

Kairos a donné en latin Opportunitas (opportunité, saisir l'occasion)


Ce dessin retrouvé au fond d'une boîte de déménagement, fait lorsque j'étais étudiante à l'école d'art. Notre modèle était une danseuse contemporaine qui avait beaucoup posé pour nous. Notre prof de dessin animait cet atelier avec de la musique de Ligeti, c'était vraiment bien!

2 mai 2010

Petites Chorégraphies

DSC03335_1C'est par là que je suis arrivée le 1er mai 1997. Ce bout de maison n'existait pas encore. Je cherchais à quitter ma ville, coûte que coûte. J'étais sur une piste, le sud de l'Italie, une maison en pierre au milieu des oliviers, un projet d'animations d'art plastique pour des enfants. J'étais fatiguée de me débattre dans la vie, de chercher une voie de sortie. Sortir d'un enfermement. J'ai suivi cet ami qui me voulait du bien "tu ne peux pas rester toute seule pendant ce long week-end, viens, pars avec moi, je suis attendu chez un ami en Bourgogne!". Comment aurais-je pu deviner qu'il m'emmenait à son insu, vers celui que j'allais aimer suffisamment pour fonder une famille, pour avoir envie de rester, moi, la voyageuse toujours en quête de nouveaux projets. C'est sous cet arbre que nous avons rêvé notre vie.

 

DSC05205DSC05188

DSC05178

DSC05180

2010_05_03

 

DSC05261 DSC05262

DSC05278

19 avril 2010

Repos

DSC04799J'aime beaucoup, lorsque, le matin, ils se tiennent ainsi dans le pré. L'un se repose, l'autre surveille. Parfois, les deux sont couchés. C'est le soleil du matin, surtout celui du printemps, qu'ils recherchent, qui les détend, ou qui les ressource.

Nous avons souvent pensé nous en séparer, parce que nous n'avons pas le temps de les monter, parce qu'on s'est souvent demandé si ils seraient plus heureux autrement, parce que, mine de rien, leur entretien,"ça coûte", et puis et puis, et puis non. On ne s'en séparera pas. Après tout, ils ont un joli pré, ils sont deux, ils ont un abri confortable, l'été, nous les menons à d'autres endroits plus ombragés et plein de bonne herbe au serpolet, et finalement, tout simplement.... on les aime énormément, nos compagnons les chevaux: Hyppolyte la jument anglo-arabe et Aasa Mayhard, un petit hongre arabe.

Nous avons découvert au fil tu temps que leur présence apportait quelque chose de particulier à la maison, un halo de douceur et de tranquillité qui nous apaise, et qui sait, nous protège. Je ne sais pas exactement ce qu'il se passe, mais je suis certaine que cette présence, qu'un agriculteur raisonnable qualifierait d'"inutile", nous est indispensable. J'ose espérer que nous leur sommes d'une "utile" présence. Lorsque Bianca ira à l'école, nous pourrons faire des escapades, ils seront encore assez jeunes pour quelques galops dans les forêts alentours.

5 avril 2011

Hier

CCF05042011_00002

 

Il y a eu des bougies, il en restait 4, alors j'en ai mis 4. Le 4 du 4, c'est bien ça qu'il fallait. Ce 4 qui me colle à la peau depuis plus de 40 ans+ 2 fois 4. Ce nombre de 4 petites lumières allumées en mon honneur. Entourée de 3 petits lutins et d'un grand, ça fait toujours 4. J'étais sortie en fin de journée, pour faire une course, pour acheter un gâteau parce que je n'avais pas envie de "m"'en faire un... Et à mon retour, les lutins et leur papa en avait préparé un bien meilleur: un fondant au chocolat que je n'oublierai jamais! Ils étaient trop mignons tous, avec leur fouet, récipients, casseroles, souci de cuisson. Quelques branches garnies de fleurs roses dans un vase, il ne m'en faut pas plus pour retrouver la joie.  Quel âge cela fait au final? Lorsque je dessine, je crois bien que j'ai 4 ans, lorsque je m'occupe de Bianca, j'en ai 34, lorsque je parle avec mes garçons, je fais bien mon âge, et lorsque je pars me promener dans la forêt, j'ai l'âge des arbres que je regarde. Lorsque je pleure, j'ai 4 mois et lorsque je ris, j'ai 20 ans.

CCF05042011_00007

20 février 2011

Un point de méridien généreux

CCF20022011_00000CCF20022011_00002CCF20022011_00003

Il y a certains lieux de la blogo-sphère qui semblent attirer plus de monde que d'autres.

 

 

CCF20022011_00004

 

Ce que j'ai compris, c'est que les blogs phares sont un peu comme des points d'acupuncture sur un méridien. Des points particuliers qui semblent avoir un impact favorable sur les autres. Ainsi l'énergie dans le corps s'en trouve fluidifiée. Il en va ainsi de Nouschine and Sons qui fête son anniversaire et ses deux ans d'existence. Là-bas, il y a beaucoup d'émerveillement sur le monde, celui de l'enfance, celui de la peinture, celui de la mode enfantine, celui des artistes, celui des créatrices/créateurs mais aussi de la nature admirée. Chez Nouschine, il est question de partage, de découvertes, de diffusion d'idées et de belles choses. Nouschine a ouvert une boutique en ligne qui mérite le détour ne serait-ce que pour la beauté des images diffusées, des mises en scènes des merveilleuses créations qu'elle propose à la vente. Je ne serai pas étonnée si, un jour, elle nous montre enfin ses créations personnelles. La première fois que j'ai vu son nom, j'ai cru que c'était  une inspiration russe, Nouschine, pour moi, ça m'évoquait les steppes lointaines. Allez savoir pourquoi...? Elle vient de fêter son anniversaire, un chiffre rond dit-elle, rond comme le soleil, rond comme la lune, et par la même occasion, les deux ans de son blog. Ces quelques dessins pour la remercier de tout ce qu'elle partage avec nous. Elle a jeté une bouteille à la mer, je réponds ici à ma façon. Joyeux anniversaire, chère Anne et longue vie à ton bel espace!

 

CCF20022011_00005

 

21 janvier 2011

Hiver

DSC05054

Je sais que cette période ne durera pas. Chaque temps de la vie en engendre un autre. Je ne fais pas grand chose de mes journées à vrai dire. Je ne sais pas qui des deux, Bianca ou moi, accompagne l'autre dans cet hiver qui me semble soudain interminable. J'aime regarder l'insouciance de cette enfant, qui n'a pas l'air de souffrir de notre solitude. Elle retrouve ses frères le soir, parfois, nous partons pour faire quelques courses. Je ne sais pas si c'est la vérité, mais en visitant certains blog, je trouve que les femmes sont tellement efficaces, que l'ordre règne dans les maisons, tout y est tellement coquet. Chez nous, en ce moment et depuis toujours, j'essaie de ranger et, comme il manque une partie de la maison, la construction n'est pas terminée, manque d'argent, manque de temps du bâtisseur, à savoir mon homme qui ne peut pas être partout, chez les clients et chez nous, je ne fais que déplacer des piles. Dès qu'un endroit est désencombré, voilà qu'un autre coin de la maison est tout à l'envers. Je rêve d'un espace quasi nu, juste quelques touches de couleur, de poésie ça et là, toutes les choses utiles sont encombrantes finalement. Je cherche à créer un nouvel espace, relié à ce blog, blogspot, overblog, Eklablog, je n'ai rien réussi à configurer. Et puis, par-dessus tout, je voulais aller voir l'exposition de Monet, derniers jours, tout est complet! Solution miracle? Sortir, le grand air, oublier cette inertie.


DSC05055 DSC05057

DSC05058

DSC05064 DSC05065 DSC05066

26 décembre 2010

Idée cadeau

DSC03977

Si vous aimez tricoter, si vous avez envie de faire un cadeau de qualité, si vous avez peu de temps, voici les écharpes que j'ai réalisées pour les deux filles de mon mari, modèle Princesse des Neiges. Elles ne les ont quasi plus quittées depuis qu'elles les ont reçues. Leur grand-mère paternelle, vue aujourd'hui, a passé commande pour une pareille, un peu plus courte, car je les fais aussi longue que celles que proposent Olga à la vente (laine pour les réaliser également).

DSC03962DSC03967

28 novembre 2010

1er dimanche de l'Avent : Le sens de la nuit

LUMIERE_DANS_LA_NUIT_1

J'allume la première bougie...

Ce conte, que j'ai illustré la semaine dernière, comme ça, parce que j'en avais envie, un petit coup de tête de rien du tout qui est entrain de prendre beaucoup de place dans mes journées...  Je n'avais pas réalisé à quel point il illustre cette période qui peut parfois sembler difficile avec le froid et le manque de lumière. Ce genre d'histoires touche des zones importantes dans notre inconscient, il nourrit le plus grand nombre, hommes ou femmes. Clarissa Pinkola Estès, dans son ouvrage si souvent cité ici, développe quelques clés que je voudrais résumer le plus brièvement possible:

Au début du conte, nous sommes dans la nuit. Nous sommes, au niveau de l'interprétation et de l'inconscient dans la "nuit obscure de l'âme". A ce moment de l'histoire, la nuit représente un moment où l'énergie, sous la forme d'un vieil homme, faiblit de plus en plus. Se déconcentrer, c'est perdre de l'énergie. Dans ce cas, il ne faut absolument pas se précipiter pour tenter de la rassembler. Le conte nous montre la voie; il faut s'asseoir et bercer. La patience, la paix, le balancement sont ce qui renouvelle les idées. La petite lumière - l'idée elle-même - qui finit par être épuisée et s'éteint presque. Dans les contes de fées, quand quelque chose de mauvais arrive, cela signifie qu'il faut tenter du neuf, introduire une énergie nouvelle, consulter quelqu'un qui aide, qui guérit, une force magique.

sapins_dans_la_nuit

arbres_mains_dans_la_nuit_1

Cette histoire a pour thème la façon dont on peut se recentrer. Se recentrer, faire une mise au point, c'est tout ensemble sentir, entendre et suivre les indications que donne la voix de l'âme.

VIEIL_HOMME_DANS_LA_NUIT


27 octobre 2010

Les résistantes

DSC01908

Je me réveille. Je ne me lève pas tout de suite, je ne peux pas. C'est comme cela depuis toujours.

Parfois, un horaire me bouscule, comme ce matin. Il fallait emmener Elia à son stage de tennis. Le trajet est assez long, trop long pour que ce garçon de 11 ans qui tousse un peu ces jours-ci le fasse à vélo. Alors je me suis dépêchée, un peu plus que les autres jours. Depuis que je ne travaille plus, et ça fait si longtemps maintenant, je ne prends jamais de rendez-vous le matin, sauf obligations. Depuis quelques jours, je pense à tout ce que je vois sur les blogs, je vois des femmes qui ont de nombreuses occupations, qui créent, beaucoup sont maman et disent leur amour pour leurs enfants, les photographient, tout est si beau! Je pense toutefois que ce n'est pas LA vérité. C'est un besoin qu'elles ont, que j'ai aussi certainement, de dire leur bonheur, parfois leurs colères ou montrer fièrement, et elles ont raison, leurs oeuvres. Parce que j'étais seule sur le trajet du retour et qu'enfin je pouvais rêver comme j'aime le faire, c'est je crois ce que je sais le mieux faire, m'évader dans le ciel, refaire le monde, me construire un monde qui est à mon rythme, à ma hauteur, à ma portée... parce que la route défilait et que j'ai besoin de mouvement pour bien penser,  je songeais à cette fabuleuse énergie qui circule sur cette blogosphère que l'on dit virtuelle. Et pourtant, j'ai gardé en mémoire cette femme qui réalise des accessoires superbes, tricotés main avec des laines fabuleuses, cette  autre femme qui achète de la laine brute à ce berger français qui s'est donné la peine d'élever des moutons sélectionnés pour une laine douce, elle la teint ensuite, en fait des pulls magnifiques, et puis d'autres qui écrivent leurs peines, leurs joies, partagent un bout de leur vie et montrent combien elles aiment vivre, ces innombrables photographies d'enfants, de fleurs, de maisons, de vêtements, de paysages, comme une action de grâce, un remerciement souterrain. Je me disais que de cette blogosphère ressort un formidable mouvement de protestation, presque à la manière des résistants qui se cachaient pour dire. Il y a là une envie de créer et trouver des produits de qualité,, accessibles, que ce soit dans la nourriture ou les objets, des produits faits main, localement. Il se passe quelque chose là, c'est sûr... quelque chose qui va à l'encontre du monde industriel. Qui tend vers plus d'humanité.

ça bouge!

DSC01968

19 août 2010

Une équipe peu soudée - La Chute d'Icare (5)

CCF19082010_00000

Peter

J'ai hésité à me replonger dans cette aventure yéménite qui s'est passée il y a 18 ans déjà...parce que je savais que j'allais remuer des mémoires inconfortables. Effectivement, les souvenirs peinent à remonter, ce n'est pas forcément agréable et surtout, ma mémoire fait défaut. J'essaie de mettre de l'ordre. J'ai commencé, j'irai au bout. Je pressens que ma vie d'aujourd'hui a besoin que cette vie d'avant soit clarifiée, soit mise en mots. Je sais que vivre au présent est plus important, mais je crois que la jeune femme que j'ai laissée là-bas a besoin d'être secourue. Je crois surtout que la femme d'aujourd'hui commence à comprendre et à digérer ce qui s'est tricoté là-bas.

Peter et moi étions de la même "volée" dans l'école, nous faisions partie de la quatrième. Alexandre et Xavier étaient en troisième année, Natasha et Rachel en deuxième. Peter, Natacha et Rachel étaient déjà venus au printemps et avaient pour mission de continuer les dessins et d'instruire les nouveaux venus des techniques employées pour ce travail  de dessin minutieux. Nous n'avons jamais réussi à être six, ensemble. Nous formions 3 couples de deux, de façon évidente.  Les deux filles logeaient dans la même chambre et avaient décidé de tout faire ensemble et visiblement, ne comptaient pas m'intégrer dans leur univers, dans leurs ballades au souk ou d'autre endroits où elles allaient dans les moments libres que nous avions. C'est Peter qui m'accompagnait. Nous avions lui et moi le même souci de discrétion dans nos mouvements, on parlait peu, on observait beaucoup. Les deux filles étaient souvent joyeuses de leurs achats, elles aimaient aussi passer du temps dans leur chambre. Elles allaient sur la terrasse après la douche, pour se sécher les cheveux.  Savaient-elles que, des fenêtres avoisinantes, des yeux les voyaient? Les deux autres garçons étaient enthousiastes la première semaine, mais petit à petit, une déprime grandissait. Leurs petites amies leur manquait et ils supportaient de moins en moins les femmes voilées, cachées, cette culture les dépassait. Quant à moi, je rêvais d'escapade, j'aurais aimé découvrir la région, quitter la ville de Sanaa. J'aurais aimé aller au désert de Maarib, l'ancien royaume fabuleux de la Reine de Sabaa... Urs, notre chef de projet était très fatigué. Il disait souffrir d'une hépatite. Il se demandait si il fallait rentrer au pays se  faire soigner. Il ne venait pas souvent sur le chantier. Il racontait parfois d'étranges récits sur sa relation avec une femme éthiopienne dont il était amoureux et qui avait disparu sans laisser de traces. Il avait décidé de rester pour respecter le contrat à savoir son accompagnement dans notre travail, mais à vrai dire, il n'était pas avec nous du tout.

CCF19082010_00017 CCF19082010_00018 CCF19082010_00019 CCF19082010_00015 CCF19082010_00020 CCF19082010_00014

CCF19082010_00021


Je ne suis pas une géante, je mesure 1,74m. Ici, cette photo montre ma sortie par la porte d'entrée du palais que nous habitions. Porte très basse, toujours dans une idée de protection.

Un jour pourtant, il décidait de nous emmener en excursion, chez des infirmières allemandes qui vivaient dans un village à deux ou trois heures de route en 4X4, une piste difficile. Ces infirmières étaient engagées par un chef de tribu  (scheik) qui possédait plusieurs puits (d'eau) dans cette région montagneuse. L'eau étant synonyme de richesse dans ce désert... Nous roulions déjà depuis un certain temps, conduits par un chauffeur yéménite qui écoutait une musique égyptienne très rythmée, gaie et un peu kitsch. Débouchant de nulle part, comme un mirage, un véhicule rempli d'hommes armés de kalachnikovs est arrivé à notre hauteur, le chauffeur semblait les connaître. Ils venaient nous escorter. Je me souviens qu'ils se tenaient sur les marches pieds du véhicule. Nous avons roulé ainsi jusqu'au village. Nous avons compris par la suite que des gangs, des tribus adverses, pouvaient nous attaquer. Le Yémen sortait d'une guerre civile nord-sud, le pays venait de s'unifier et était sur le qui vive. Encore une fois, aucun organisateur nous avait prévenu de ces troubles. Nous étions parfaitement "innocents" pour ne pas dire "inconscients".

CCF19082010_00023

Nous sommes arrivés dans ce village, n'avons vu personne à part les deux infirmières. L'une d'elles, une femme plutôt jeune, n'était pas très satisfaite de son sort et allait 1X par semaine voir des amis à Sanaa. L'autre, plus âgée, aimait sa vie ici, retirée, presque monastique. Elle était, par son travail de soignante, en contact avec les habitants. Nous avons dormi à même le sol dans leur maison faite de terre mais bien plus modeste que notre palais. Le lendemain, nous avons marché jusqu'au sommet d'une montagne voir un chantier de rénovation d'un bâtiment. Il s'agissait, je crois me souvenir, d'une mosquée que le Scheik voulait embellir.

CCF19082010_00004 CCF19082010_00013 CCF19082010_00006

CCF19082010_00010

CCF19082010_00031

CCF19082010_00009

CCF19082010_00029

CCF19082010_00007 CCF19082010_00011

Je me souviens aussi de cette femme, une grand-mère gardienne des lieux, avec son petit-fils, la seule femme non-voilée rencontrée pendant ce voyage. Ah non, je me souviens de paysannes croisées un autre jour, à l'extérieur de Sanaa. Elles étaient magnifiques, habillées de couleurs superbes; je n'ai pas de photos d'elles.

CCF19082010_00003

En redescendant de la montagne, je me souviens de cette impression étrange: il me semblait marcher sur une terre d'un autre temps, d'il y a 2000 ans, dans certains passages de la bible. Un groupe d'enfants était venu à notre rencontre et nous a emmené visiter une maison de terre, haute,  abandonnée, au pied de la montagne. Je crois que c'est à l'intérieur de cette maison que nous avons appris qu'elles sont construites à l'image  d'un corps humain, la cage d'escalier en terre battue serait la colonne vertébrale, et les pièces comme les différents organes. En regagnant le village, nous avons croisé une carcasse de vache, et, alors qu'il nous semblait marcher sur une zone simplement désertique, quelques amoncellements de pierre ça et là, ce n'est qu'au bout d'un long moment que nous avons réalisé, Peter et moi, qu'il s'agissait d'un cimetière.

CCF19082010_00024

CCF19082010_00025 CCF19082010_00026

CCF19082010_00032

CCF19082010_00030

25 octobre 2010

Présentation

DSC01848

Monsieur Bonne Heure aime bâtir, rénover, embellir les habitations et il est vraiment doué pour ça! Il a décidé un jour de créer une maison, avec des pierres de récupération de ruines alentour, des bouts de bois. Il se disait qu'un homme peut construire avec ce qu'il trouve autour de chez lui. Seule la charpente est neuve ainsi que les fenêtres, quelques briques pour certains murs intérieurs. La  toiture est un peu particulière, une "toiture prairie" (je crois que je vais parler plus longuement de cette maison prochainement). Lorsqu'il a commencé, je ne le connaissais pas encore. Il venait de terminer les travaux de son autre maison, celle où il vivait avec ses deux filles et son ex-compagne. Il savait depuis plusieurs années qu'il voulait aller vivre là-haut sur la colline. Un jour, il a pris son baluchon, il est venu là, pour réaliser son rêve et aussi, parce qu'entre eux, ça n'allait plus très bien. Je suis arrivée après la séparation. Pourtant, il n'a pas eu le temps de souffler cet homme-là.. Père au foyer pendant plusieurs années, il est un papa engagé, affectueux et protecteur. Nous n'avons pas attendu longtemps après notre rencontre pour faire des enfants. Je crois qu'il n'a jamais connu une vie solitaire comme je l'ai vécue et je me demande souvent où il puise toute cette énergie. Il se couche tard, se lève tôt, travaille de façon artisanale je dirais même artistique chez une clientèle variée, gagne le salaire de la famille, s'occupe des chevaux, du bois, du terrain, des réparations. Il ne cuisine pas souvent, ne passe pas beaucoup de temps à l'intérieur du foyer, pas parce qu'il n'aime pas ni parce qu'il ne veut pas, simplement, il ne peut pas être partout. Notre maison est loin d'être terminée, on y est bien, même inachevée.  Elle est un peu particulière, il a regardé les photographies de cette bâtisse que je voulais acheter dans le sud de l'Italie, juste avant de le connaître ,je devais partir dans les Pouilles. Nos chemins se sont croisés, je suis restée. Il a, je crois, pris quelques idées de ce "trullo" que je voulais acquérir, m'offrir un peu de cet ailleurs qui m'attirait tant. Manquent juste les oliviers, les câpriers, les figuiers, la chaleur.... Mais là-bas, je n'aurais pas eu sa compagnie, j'aurais peut-être vécu très seule, qu'est-ce que j'en sais aujourd'hui?

Nous vivons un peu trop solitairement à mon goût. Nous avons consacré toutes ces années à bâtir notre nid, à materner, à cocooner nos enfants, à soigner Elia aussi entre 2004 et 2006. Bianca est encore petite, et je l'allaite encore. J'ai allaité longtemps nos deux garçons (trop longtemps aux yeux des occidentaux mais pas trop aux yeux des autres cultures alors j'aime penser que je suis plutôt indienne qu'européenne). Pourtant, petit à petit, je réalise que nous n'avons pas passé beaucoup de temps "à deux". Je suis un peu fatiguée d'être maman en ce moment, je voudrais juste être une femme, avoir de grands espaces-temps pour créer, d'autres pour partager avec lui une vie d'adulte, mettre entre parenthèse cette parentalité. Je sais que ça viendra, bientôt, et je profite des derniers instants de cette petite et moyenne enfance. Je voulais juste poser ce désir, l'écrire un peu pour continuer ma vie de maman.

DSC01830DSC01834DSC09662

24 août 2010

Addendum

CCF19082010_00002

Il y a encore un élément important que j'ai besoin d'écrire, que je rajouterai par la suite dans le billet

Une porte à dessiner - La chute d'Icare 4

qui disait:

Les premiers jours, je me sentais privilégiée de faire ce travail, et au fil du temps, l'interrogation grandissait, le doute s'installait, je ne comprenais pas pourquoi les yéménites avaient besoin de ces occidentaux pour "sauver leur patrimoine". Tout ceci me semblait être une mascarade. N'était-ce qu'une intuition? un peu féminine...

C'était une bonne intuition. Je n'ai pas eu besoin de chercher longtemps la réponse à mon retour. J'ai ainsi appris dans ma conversation avec mon prof qu'il y avait des enjeux politiques dans cette intervention culturelle. Le Yémen ayant pris parti pour l'Irak et Saddam Hussein au moment de la guerre du Golfe, l'Arabie Saoudite avait renvoyé des milliers de travailleurs yéménites (qui assuraient un revenu pour leurs familles) et coupé les aides financières accordées, puisque l'économie allait déjà très mal avant le conflit irakien. Le Yémen a dû faire appel à l'aide internationale (le FMI). Donnant-donnant: "on vous aide, vous nous laissez entrer explorer votre patrimoine."

Source ici: "Pour punir le Yémen de son soutien à l’Irak, l’Arabie Saoudite renvoie en quelques semaines près de 900 000 travailleurs yéménites dans leur pays. Simultanément, elle suspend son aide économique à celui-ci, tout en continuant de financer les tribus du Nord qui échappent au contrôle du gouvernement de Sanaa. Cette double mesure contribue à asphyxier économiquement le Yémen, le privant des transferts en devises de ses émigrés et y ajoutant le fardeau du chômage, alors même que l’aide financière se tarit."

Encore une fois, je ne comprends pas aujourd'hui l'inconscience des responsables qui ont pu envoyer ainsi six étudiants dessiner des portes et des fenêtres sans les instruire des données humaines, économiques voire politiques. Nous étions sur un terrain extrêmement conflictuel et cette tension, je la ressentais malgré la beauté du lieu.

20 août 2010

Décalés, dépassés, déjantés, désenchantés - La Chute d'Icare (6)

CCF19082010_00035

La vue de notre Palais (tout en haut, un mufredge, salon où l'on cause et mâche du qât)

 

Etait-ce avant ou après cette excursion dans les montagnes? Pourquoi avons-nous été invité chez lui? Dans quel quartier de la ville était-ce? Je ne sais plus...
Je sais seulement qu'il était consul de mon pays. Je suis certaine que dès mon arrivée dans sa maison, j'ai compris que nous étions chez un colon, un comme je les ai rencontré en Afrique, un genre d'homme arrogant, persuadé d'une supériorité inventée par son imaginaire, un type d'homme que je n'aime pas côtoyer, surtout pas dans cette partie du monde. Non, je n'ai pas apprécié cette rencontre avec un compatriote, qui bien que consul, me paraissait terriblement inculte et stupide. Les autres membres de l'équipe étaient à l'aise chez lui, à part Peter qui, toujours discret et assez silencieux, poli et tolérant, restait égal à lui-même. D'abord, il y a eu cet assaut au bar de ce monsieur, qui possédait une jolie collection de bouteilles d'alcools forts alors que dans ce pays, en ce temps-là en tous cas, il était formellement interdit d'en consommer et d'en avoir chez soi. Je ne pense pas que les yéménites s'intéressaient à ces breuvages d'ailleurs. Je n'aime pas l'alcool. J'aime boire un bon verre de vin, lorsque je suis en bonne compagnie, mais pas obligatoirement. Je n'en ai donc pas consommé. De retour dans notre logis, il y a eu de la musique, du reggae je crois me souvenir. Seif qui nous attendait est venu avec nous dans le "mufredge" (le salon perché en haut des maisons) et nous avons tous dansé, les fenêtres étaient ouvertes. Les nuits étaient plutôt calmes à Sanaa. Je suis certaine que ce tapage nocturne n'a pas été très apprécié du voisinage, mais personne ne nous a rien dit le lendemain matin. Je sais que pour ma part, je ne suis pas restée longtemps, je sentais que mes compagnons avaient trop bu et je n'aimais pas cette atmosphère qui ne ressemblait en rien à de la joie, plutôt un défoulement limite pétage de plomb. Je me souviens aussi, que, un autre soir, je voulais lire, me reposer dans ma chambre qui n'était pas dans les plus hauts étages. J'ai entendu quelqu'un qui frappait à la porte d'entrée, plusieurs fois. Seif était probablement sorti. Je suis donc allée ouvrir et une très belle femme somalienne m'a dit qu'elle venait voir Urs, le chef de projet. Je l'ai vue monter directement dans sa chambre, elle connaissait déjà très bien le chemin. Cette semaine-là, nous avons décidé, Peter et moi de repartir en excursion. Les autres ne voulaient pas nous suivre, ils disaient craindre une épidémie dans les plaines, ils avaient entendu ou lu quelque chose à ce sujet. Je crois que pour Peter et moi, ce fut un soulagement. La perspective de quitter trois jours les tensions grandissantes dans le groupe nous donnait des ailes. Nous avions une petite somme mise à disposition par une banque de notre ville, une banque avec un nom du moyen-orient, une banque qui participait à ce projet, un petit coup de pub certainement. Cet argent était prévu à cet effet, la location d'un véhicule avec chauffeur, indispensable au Yémen. Nous voulions partir pour Hodeidah (l'ancien port de Mokha, célèbre pour son exportation de café, d'où le nom de Moca lorsqu'il y a un arôme de café, si, si, c'est vrai). J'aurais, encore une fois, préféré partir pour le désert de Maarib, mais Peter avait déjà visité ces lieux dans le voyage précédent. Seif décidait de nous accompagner, il savait que pour nous, le voyage serait plus difficile sans ses précieuses connaissances des lieux. La destination lui plaisait,  peut-être est-ce lui qui l'avait choisie: "we can go to the sea, and I have a cousin there, he will help us find our way down there". Ok, let's go!

CCF19082010_00038

CCF19082010_00037

CCF19082010_00040

CCF19082010_00045

CCF19082010_00043

CCF19082010_00049

CCF19082010_00042

CCF19082010_00052

CCF19082010_00039

CCF19082010_00055

CCF19082010_00046

Il y a eu cette descente des hauteurs somptueuses de Sanaa, il y a eu cet arrêt pour manger une viande de mouton divinement cuisinée dans des fours en terre, fondant dans la bouche, un petit restaurant sur le bord de la route, un endroit sans confort mais les saveurs de ce plat resteront gravés à jamais dans mon palais. Il y  a eu cette femme croisée sur la route et une photo prise à la dérobée par Peter, il y a eu les kilomètres de cultures de qat aménagées en terrasses au flanc des montagnes vues tout au long de la route. Seif nous disait que, avant, c'était des terres pour cultiver le café. Le qat n'a pas toujours été un euphorisant pour le plaisir des yéménites qui rêvent dès 14h00 dans leur mufredge ou dans le souk sur leurs coussins tous les après-midi de la semaine. C'était avant tout un coupe-faim pour les travailleurs éthiopiens, ceux qui récoltaient le café et donc aussi un stimulant, pour un meilleur rendement.

L'arrivée au port de Hodeidah n'a pas été magique. La chaleur nous a submergé. Après avoir retrouvé son cousin, Seif nous a emmené au bord de la mer où nous pensions pouvoir nous baigner tranquillement, trouver un peu de fraîcheur. Mais  bon sang! nous n'étions pas au bord de la Méditerranée! "Allons, Christiane, réveille-toi, sais-tu où tu es? Au Yemen, au bord de la Mer Rouge, l'eau est chaude, trop chaude, la chaleur est étouffante, les plages ne sont pas faites pour les femmes. Elles restent voilées, habillées dans leur tenue noire qu'elles ne lâchent jamais en dehors des maisons. Elles sont là mais  avec leur famille et restent sagement sous les tonnelles aménagées pour elles, elles regardent la mer et servent du thé aux hommes et aux enfants qui se baignent, na! un point c'est tout! ".

Nous avons marché longtemps sur cette plage, au bord de la mer rouge, aucune barque à l'horizon, aucun promeneur, c'est bon, allons-y, baignons-nous. L'eau était bouillante, Seif ne savait pas nager, Peter et moi avons essayé de lui apprendre, il était fou de joie, il lui semblait retrouver un peu de sa liberté lorsqu'il était enfant en Ethiopie. Soudain, sont arrivés une cinquantaine d'hommes de derrière les hautes dunes qui bordaient la plage. Nous avions été repérés, en deux temps, trois mouvements, ils nous ont entourés et cherchaient, bien entendu à me voir dans mon maillot de bain. L'horreur. Je me suis sentie comme un appât pour un banc de poisson géant. Nous avons menti, Seif a dit que j'étais sa femme et que Peter était mon frère. Nous avons réussi à sortir de l'eau, puis je me suis vite habillée et nous avons couru jusqu'à l'endroit où notre chauffeur et le cousin de Seif nous attendait, couchés confortablement sous une tonnelle qui leur permettait de mâcher  du qat en toute tranquillité. C'est tout ce dont je me souviens de cette escapade à Hodeidah, nous sommes restés deux jours? encore une fois, je ne sais plus rien. Cette destination n'était certainement pas un bon choix. La chaleur, le stress de la ville, une ville pas très belle, un port tout simplement. Il y aurait certainement eu de plus belles destinations, mais c'est ainsi, nous avions mal choisi. Il ne nous restait plus qu'à retourner sur notre montagne, terminer notre travail avant le grand retour.

Au fil des heures, je me rapprochais de Seif. Il me parlait beaucoup, était très différent qu'à Sanaa. Il avait quitté son costume de "serviteur des colons" et cette liberté semblait lui convenir. Il nous a proposé d'acheter du qat de très bonne qualité, pour le voyage du retour. Pour la première fois, j'acceptais d'en mâcher.

 

26 juillet 2010

Rats des villes, Rats des champs, ils exposent

DSC08715

J'ai quitté ma ville il y a 13 ans...

J'ai quitté ma vie "d'avant", mon atelier, mon travail de prof en arts plastiques, et surtout, les invitations aux vernissages qui envahissaient ma boîte aux lettres. Pas une semaine ne passait sans être conviée à de multiples distractions mondaines, c'était le résultat de ces cinq années passées à l'école d'art et des contacts que j'y avais établis. Mon travail à l'atelier n'avançait plus...

Arrivée sur la colline, un soulagement! Plus rien.... Un espace tout neuf. Le vide aussi. Face à soi-même. Mais le travail n'est pas revenu pour autant. Au fil du temps, les invitations aux expositions locales ont commencé à se manifester dans ma boîte aux lettres.  Ah mais comme je voudrais ne pas y aller! j'y vais parfois et rentre un peu désolée. Ce n'est pas du mépris, ce qui se fait est souvent très bien. C'est juste que je ne découvre rien de plus et que ma tête est déjà pleine d'images et pleine d'embryons de travaux et que je souffre de ne pas laisser sortir cette énergie, de laisser couler cette sève hors de moi. Ce week-end, des expos, il y en avait partout, PARTOUT! Au secours! Jeudi dernier en allant chercher mon pain chez Muriel, juste à côté, au Moulin de Chazeu, il y avait les aquarelles de Domi, résultant de son voyage en Inde. J'y suis allée. Quelles petites merveilles! Des couleurs superbes, posées en touches délicates et libres, des traits calligraphiques réhaussant les motifs. Des cadres intéressants aussi, patinés avec des restes de journaux indiens, l'écriture indienne se retrouvant ça et là dans les encadrements. On sent à quel point Domi regarde et ressent la joie des corps libres, parce qu'elle vit dans un fauteuil, parce que ses mains ne lui permettent pas de travailler comme elle le voudrait, et qu'elle doit tout le temps composer avec tout cela pour vivre ses désirs. Domi bout à l'intérieur, elle me l'a dit. Elle bouillonne de vie. J'ai réalisé depuis quelques temps à quel point la peinture et le dessin ont un sens dans cette vie, je crois que ce qui m'empêchait de travailler depuis si longtemps, c'est le doute plutôt que le manque de temps. En voyant les aquarelles de Domi, je l'ai encore plus intégré. A côté d'elle, un graveur hollandais montrait son travail. Magnifique aussi. Des gravures sur bois, accompagnées de textes poétiques et des illustrations de contes. J'ai retenu 3 gravures que nous irons peut-être acheter dans son atelier: une femme enceinte, une lune, un arbre sous un ciel étoilé.  Les artistes des campagnes, souvent des citadins cherchant une aire de repos, veulent se faire connaître. Ils exposent, ils s'associent et prennent d'assaut un lieu commun.C'était le cas ces derniers jours au bord de l'Arroux: il y en avait partout, et je les ai fui... Pardonnez-moi, artistes du pays, mais je n'aime pas les foires de l'art. Et pourtant, voilà que sur le retour, nous nous y sommes arrêtés, la plupart avaient déjà rangés leurs oeuvres dans le coffre de leur voiture, ils avaient l'air pressés d'en finir, comme les vendeurs de légumes sur les marchés. Au bord de la rivière, ils étaient sûrement une centaine. J'ai eu la joie de voir les derniers vestiges de cette fête, les "fanions" colorés de Pierrot, et surtout, le travail de Miriam Stern, une artiste hollandaise qui vit tout près de chez nous. J'ai tout de suite vu que les restes encore visibles de son installation m'intéressaient et de retour chez moi, j'ai visité son blog (un blooog! une blogueuse en chair et en os près de chez moi!). Je crois bien que je vais aller faire un tour dans sa salle d'expo.

DSC08702DSC08704DSC08708DSC08721DSC08725

24 juillet 2010

Visions

Aujourd'hui j'ai vu...

Des mariés sur une petite carriole, tirée par un cheval? un âne?  un cortège de voitures les suivaient, créant ainsi sur la route nationale un bouchon de 5km.
Deux jeunes filles manger une crêpe au chocolat avec de la crème chantilly.
Des musiciens sur l'esplanade qui jouaient des airs ringards à l'accordéon,  un groupe de joyeux danseurs devant eux.
Une paire de nu-pieds marron, Mephisto, avec une fleur orange, soldée, je n'ai pas acheté.
Une petite boule-pendentif scintillante, dans une vitrine de bijoux, je n'ai pas acheté.
Une jeune femme avec un visage extraordinaire et une coupe de cheveux court qui lui allait vachement bien.
Un grand oiseau planer au-dessus de ma voiture alors que je rentrais à la maison.
Des fleurs rouges, d'un rouge flamboyant, autour d'une église.
Deux chevaux de trait dans un pré.
Ma fatigue dans le miroir.
La lune se lever sur la colline.

P1080999

21 avril 2010

Les pèlerins (suite)

DSC05070

Ils sont partis à midi. Nous avons beaucoup parlé ce matin, pas du temps qu'il fait, ni du temps qu'il fera. Nous nous sommes racontés.

Ils sont partis et je les envie un peu. Cette route vers Assise, nous pensons bien la faire un jour. Parce que Jean-Marc, il est super pote avec St François, et que St Jacques, c'est quand même un peu trop encombré.

Ils sont partis et j'aimerais bien les revoir, un jour, pour qu'ils me parlent de cette route, de cette quête.

Ce n'est pas la première fois que nous accueillons ainsi des pèlerins.

Il y a eu cette jeune allemande, qui voyageait à bicyclette sous un soleil de plomb, l'été 2003 je crois. Elle allait à St Jacques. Elle a passé Deux jours, ici, fait sa lessive, s'est reposée. Nous ne l'avons jamais revue.

Il y a eu cette hollandaise, qui était venue chercher l'endroit où s'était écrasé le petit avion que son père avait pris juste avant Noël, elle avait deux ans. Ils étaient Sept passagers. Nous les avons aidés à retrouver le lieu. J'étais si émue de la voir se réjouir à chaque débris qu'elle retrouvait, après toutes ces années, il restait encore des traces de cet accident. Mais pour elle, c'était comme une rencontre. Elle avait passé la nuit dans notre maison, avec son compagnon. "je n'ai jamais si bien dormi" avait-elle dit le matin. Un soulagement pour elle, d'identifier le lieu du drame, qui lui permettrait de continuer son chemin.

Et puis ce jeune homme, Noël dernier, qui marchait la nuit sous la pluie, Il n'avait pas voulu dormir dans la maison, préférant dormir avec les chevaux, à l'abri dans la paille. A ce moment de sa vie, peut-être trop épuisé, le contact avec des enfants en bas âge était trop difficile pour lui et la tranquillité absolue était vitale. 7 ans qu'il marchait. "Au début, c'était pour trouver mon père qui ne m'a pas reconnu à ma naissance. Maintenant, je marche juste pour "m'"oublier". Il était parti le matin, puis était revenu quelques jours plus tard, pour dire au revoir, surtout à Jean-Marc, qu'il avait pris dans ses bras.

DSC05046 DSC05053

DSC05052  DSC05057

28 avril 2010

Merci Coline

DSC04965

Chère Coline,    

Je suis allée voir votre film "SOLUTIONS LOCALES POUR UN DESORDRE GLOBAL". Je ne savais pas que les paysans indiens sont à bout, qu'ils se suicident en buvant les engrais et les pesticides qu'ils ne peuvent plus payer et sans lesquels, leur fait-on croire, ils ne peuvent plus travailler la terre. Je ne savais pas que le sol de la France, et donc globalement de l'Europe est mort, un désert qui ne peut plus vivre si il n' a pas d'apports issus de la pétrochimie, car, à force de tuer les insectes et de labourer trop profond, il n'y a plus de vie. Je ne savais pas que, au Brésil, des petits paysans se font arrêter et torturer pour simplement défendre le droit de cultiver leur terre dignement, je ne savais pas qu'ailleurs aussi, des enfants naissent sans jambes et sans bras, parce que les produits utilisés pour les cultures sont des poisons, je ne savais pas ce qu'est un sol, un vrai sol vivant. Pendant la première heure du film, j'avais le ventre qui se nouait, de voir les ravages que l'homme fait à sa terre, aux animaux, à ses frères humains. Je n'avais pas mesuré l'immense disparition de la petite paysannerie, destruction voulue et organisée. Je ne savais pas que les mêmes industries qui fabriquent ces engrais ont pris le pouvoir en instaurant un monopole des semences, en interdisant les variétés anciennes, en rendant le paysan dépendant de leur catalogue de graines ibrides F1. A dire  vrai, je le savais, mais je refusais de regarder cette vérité que plusieurs humanistes ne cessent d'écrire, de dire. Dans la deuxième partie du film, vous nous montrez que des solutions se dessinent, en Inde, en Afrique, au Brésil, en Ukraine, et en France aussi, et forcément, près de chez moi. Alors mon ventre s'est détendu, le générique terminé, la lumière est revenue dans la salle, heureusement pleine ce soir-là, et j'ai retrouvé des visages que je croise régulièrement, qui font déjà des actions  locales. Certains sont très jeunes, ils agissent. Je les ai trouvé beaux, nous avons parlé et je sens que de belles choses vont pouvoir se construire dans la région. MERCI COLINE et Colibris.

DSC04967

Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 > >>
Une envie de bonne heure
  • la bonne heure est chaque heure et que d'aucune heure on ne peut dire qu'elle n'est pas la bonne. C'est une bon(ne) heur(e) parce que je la soulève dans mes bras. Je la prends à moi. "N'oublie pas les chevaux écumants du passé" de Christiane Singer.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Derniers commentaires
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité