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Une envie de bonne heure

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4 mars 2011

Sur la route des Mimosas 2/3

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Il suffit d'une promenade, de laisser peut-être son esprit aller à ce qui est, là, l'instant présent, pour que des souvenirs remontent à la surface. Cette petite Bianca qui se balade, dans une forêt où il fait encore froid, une maman fatiguée à ses côtés qui se demande pourquoi elle voulait partir, puis n'en a plus trouvé l'envie ni la force, une femme qui se demande pourquoi les mimosas?  D'où lui vient cette attirance pour le sud, pour ces boules de lumière, pour un ailleurs alors qu'il est si bon, parfois, d'être juste ici.

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J'ai certainement connu cette fleur, petite déjà, ne serait-ce que chez les fleuristes. Bien sûr, je connais cette odeur, je l'avais oubliée mais un bouquet que Monsieur Bonneheure m'a offert hier soir m'a ramené à ces printemps lointains, une senteur si particulière qui me rappelle à chaque fois que l'hiver se termine. Un jour, je les verrai en pleine floraison et sur pied, autrement que dans un vase. Ce n'est juste pas encore le moment pour moi. Dans cette forêt, je me suis souvenue de ces quelques mois qui ont précédé mon arrivée ici. J'étais en quête, de mes racines et à travers elles, de qui suis-je? Je me souviens de cette escapade au fond d'une vallée des montagnes suisses, j'étais sur la trace de mon arrière-grand-mère, une femme qui avait laissé en garde sa petite Ondine à l'âge de deux ans pour ne  plus jamais la reprendre. L'officier d'Etat-civil m'avait autorisé à feuilletter les vieux registres des naissances. Je découvris toute sa fraterie, ses ancêtres aussi, mais, contrairement à tous les noms marqués d'une date et d'un lieu de naissance, puis la date et le lieu de leur décès,  je ne trouvais pas les indications de la mort de mon aïeule, l'espace laissé en blanc. A cette même période, de rencontre en rencontre dans ma vie d'alors, j'avais été amenée à partir quelques jours dans le sud de l'Italie, les Pouilles, pour voir une maison Trullo qui était à vendre. Je me suis liée d'amitié avec Gabriella, l'épouse du propriétaire. Nous avons essayé de monter un projet d'animation culturelle pour les enfants de la région, mais ceci était un prétexte, il faut bien le reconnaître, pour me permettre de trouver des fonds afin d'acquérir cette maison au milieu d'un hectare d'olivier. Ce projet n'a jamais abouti, mais nous sommes restées en contact amicaux avec Gabriella.  A mon retour d'un séjour dans les Pouilles, j'appris par cet officier d'Etat-civil qui finalement, avait fait des recherches de son côté, que mon arrière-grand-mère avait eu un deuxième enfant illégitime. Un mariage avec un homme de nationalité italienne qui avait légitimé ce garçon expliquait la disparition de toutes traces la concernant. Par cette union, elle avait perdu sa nationalité suisse, devenue italienne, il me conseillait de me rendre à Mantova pour poursuivre mes recherches, ce que je n'ai pas encore fait. Au moment où j'apprenais cette origine lointaine, je reçu un téléphone de Gabriella un jour du mois de mars 1997, le 8 mars plus exactement, pour me dire qu'elle pensait à moi en cette journée qui célébrait la femme, journée qui compte énormément pour les italiennes, et qu'elle m'offrait (par la pensée puisque 900 kilomètres nous séparaient) du mimosa à cette occasion. Elle m'a raconté l'histoire:

"Les ouvrières d'une usine de textile se mirent en grève pour protester contre les terribles conditions de travail auxquelles elles étaient soumises. Le 8 Mars, le mouvement se pourvuivant, le propriétaire de l'usine fit bloquer toutes les issues pour empêcher les ouvrières de sortir. Cent-vingt-neuf femmes (la plupart des jeunes femmes d'origine italienne et juive de l'Europe de l'Est, y compris des filles de 12-13 ans), prisonnières des lieux, périrent dans un incendie épouvantable. Peu après, ce triste événement a donné naissance à une série de commémorations : cantonnées dans un premier temps aux Etats-unis, ces célébrations se répandirent partout dans le monde, jusqu'à consacrer le 8 mars comme la journée de toutes les femmes. Le choix du mimosa comme symbole de cette fête nous vient de Rome : en 1946, à la fin de la guerre, la journée de la Femme fait son entrée en Italie. Décision fut prise de sélectionner une fleur, à porter à la boutonnière, pour symboliser cette date et facile à trouver à cette période de l'année : les mimosas , qui étaient en fleur à Rome, furent choisis. Depuis, le symbole de la journée de la Femme est le mimosa, et c'est en mars qu'il est à l'apogée de sa splendeur". info touvée ici et .

Gabriella m'avait dit que ceci s'était passé en Italie et que, devant l'usine, un mimosa était en fleurs. Je crois que chacune raconte ce drame à sa façon, à la façon des conteurs qui brodent sur l'histoire un peu de leur vécu. L'essentiel est de ne pas oublier, je crois.

Pour celles et ceux qui ont envie de marquer cette journée avec moi, je vous donne rendez-vous le 8 mars,  un billet avec des  images de mimosas si le coeur vous en dit, des mots sur votre blog et pour celles qui n'en ont pas , vous pourrez  déposer ici quelques phrases.

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28 février 2011

Sur la route des mimosas 1/3

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Il y a quelques semaines, j'annonçais avec beaucoup de joie notre projet de partir en voyage aux prochaines vacances scolaires, c'est-à-dire celles de maintenant. Je pensais que nous partirions dès les premiers jours, au gré du vent grâce à ce camping-car prêté par un ami. Quitter notre Bourgogne pour se rendre sur la route des mimosas.

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Lorsque j'avais prévu ce voyage, il faisait très doux ici et la perspective de vivre plusieurs jours dans un camion assez bien aménagé ne me faisait pas peur. J'étais portée par ce rêve que j'ai:  depuis de nombreuses années, je désire voir les mimosas en fleurs, si possible avec une douceur, celle d'un soleil clément, celui du sud.

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Les vacances sont arrivées, les journées ont passé, et nous n'avons pas réussi à décoller cette première semaine. Une intuition peut-être? Il y a eu cette fatigue, ces rhumes d'enfants, ce froid qui ne part pas, ni ici, ni là-bas, et puis cette personne à écouter en fin de semaine, qui avait surtout besoin de la présence de Monsieur Bonne heure. Si nous n'avions pas été là, elle n'aurait pu s'appuyer sur lui, celui qui est son papa à vrai dire. Alors, c'était bien que nous soyons à la maison.

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C'est certain que si nous habitions un H.L.M. en banlieue parisienne ou ailleurs, nous serions dèjà partis, nous serions entrain de manger des chips ou des sandwichs  (clin d'oeil à Madame Zaza qui a gentiment cherché à  me motiver...) en regardant la mer. Peut-être même entrain de respirer l'odeur de ces merveilleuses petites boules jaunes qui me font tant rêver! (d'ailleurs, est-ce que ça sent bon les mimosas?)

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Alors voilà, nous avons pris notre courage à deux mains, nous sommes montés dans l'engin, nous avons tourné la clé, fait ronronner le moteur, et nous sommes partis sur la route.

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Au début, j'étais assise sur le siège avant et je dois dire que, rien que le fait d'être en mouvement était déjà formidable, un voyage joyeux qui commençait. Envie d'aller comme ça, pendant des heures, jusqu'à la mer.

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Nous avons roulé 15 minutes, les enfants heureux, à l'arrière. Nous devions nous arrêter pour récupérer un sac de vêtement pour les garçons, à quelques kilomètres de là, chez une amie.

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Puis, nous avons encore roulé quelques....minutes, l'itinéraire que nous avions prévu de faire ce jour-là, pour tourner à droite, direction le haut de la colline. Cette petite sortie était un essai, pour voir si tout allait bien avec le véhicule, voir "comment k'ça fait dans les virages". Elia, à l'arrière, devenait tout blanc et je lui ai rapidement cédé ma place, celle bien confortable à l'avant, celle où le chauffage rend le voyage plus doux. Les 10 minutes passées à l'arrière, dans le froid de l'habitation, la tête qui tourne en effet, le bruit du camion, Bianca difficile à tenir, qui dit inlassablement "rentrer maison"...Pffff, pas gagné ce voyage alors!  Nous nous sommes dirigés sur les sommets de notre colline, celle où tout le monde vient le dimanche lorsqu'il fait beau. Ce jour-là, qui pourtant était un dimanche, il n'y avait personne. Trop froid, trop gris certainement.

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A vrai dire, la colline comme ça, elle me plaît bien aussi. Pas de touristes, un côté sauvage auquel je me suis habituée, peut-être même attachée. Les enfants qui vivent leurs vacances à leur rythme, en visitant quelques copains. Le poêle qui ronronne dans la maison, près duquel je tricote et me réchauffe. Ah lalalala, pas gagné ce voyage en camping-car.

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Il faisait vraiment froid hier, dans ce magnifique paysage, alors que nous discutions ce départ. Nous nous sommes imaginé sur cette route des mimosas, entrain de rouler, entrain d'entendre la petite gémir "rentrer maison", Elia tout le temps assis à l'avant, donc moi à l'arrière, sinon il serait certainement malade, moi essayant tant bien que mal de composer avec tout ça. Dit, et si on rentrait se faire un petit thé bien chaud, à côté du poêle?

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Oui, me répondit-il, après tout, demain j'ai un travail à faire avec mon ami R. Juste le matin... On pourra toujours décider après. Ce soir, on regardera encore la météo, pour voir comment c'est là-bas, dans le sud.

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Et vous les enfants? Vous avez vraiment très très envie de partir en vacances?

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Au repas du soir, après s'être bien réchauffés, après avoir mangé de bonne crêpes, on se disait que notre lieu d'habitation est décidément un bel endroit de vacances. Allez, c'est pas gagné ce voyage pour les mimosas, on va encore y réfléchir quelques heures. On en reparle demain?

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28 février 2011

Morphée

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Post edit: ce billet a été publié le 2 mars. Changé la date pour garder une suite chronologique pour "la route des mimosas 1-2-3

C'est une blogueuse que j'aime visiter, parce qu'elle me fait souvent rire... L'autre jour, par exemple, elle racontait le moment où elle est allée se coucher, épuisée apparemment, demandant à son compagnon d'aller lui chercher un vêtement qu'elle avait oublié à la salle de bain, une polaire rouge qui nous a bien fait rigoler (franchement, une polaire rouge! il y a mieux non?), un joli billet accompagné d'une chanson en images, celui d'une chanteuse toute en sensualité, soie et perles, déambulant autour d'un personnage masculin pour le moins dénudé, tout un programme... 

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Enfin, suite aux commentaires que nous lui avons laissés, elle a décidé de nous mettre à l'épreuve: dites-moi comment vous dormez, quels sont vos rituels, vêtements, qui vous aident à vous abandonner aux bras de Morphée, demandait-elle, si gentiment, que bon, je m'y mets, j'en dévoile un petit bout, tout petit hein...

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Impossible de me coucher sans passer par la salle de bain. "Démaquillage, toilettage et brossage de dents" sont indispensable à mon sommeil, même lorsque je suis très très fatiguée. Ensuite, il faut absolument que mes pieds soient au chaud. En général, je blottis les miens contre ceux de mon mari mais comme nous ne nous couchons pas toujours aux mêmes heures, j'ai parfois recours à une petite bouillotte. Si mes pieds sont froids, je ne dors pas bien.

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Et puis, pour remplacer ma polaire rouge d'il y a quelques années (eh oui, j'en avais une moi aussi...) j'ai trouvé une sorte de gilet poncho, acheté un jour d'octobre, pas cher mais je l'ai détesté en arrivant chez moi. Comme j'avais perdu le ticket de caisse, je ne pouvais pas le rapporter pour un échange. Je l'ai laissé quelques mois dans mon armoire et j'ai découvert par la suite que, avec  sa petite bordure toute douce en poils de lapin, il était parfait pour protéger ma nuque et mes épaules, par dessus un vêtement lèger en coton qui lui, doit me protèger les reins. Nuque au chaud, reins couverts, pieds cajolés, voici, en résumé les rituels de mon coucher.

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Ouf! c'est fait.

Les autres dormeuses sont ici.

 


28 février 2011

Les restos du coeur

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Je n'ai pas envie de passer à côté de cette possibilité, même si, je le dis tout net, je ne cautionne pas les additifs alimentaires et autres poisons qui sont utilisés par ces industries de l'alimentaire qui participent à l'opération et que je préfèrerais que des produits que je considère plus sains soient offerts, soient disponibles pour tous; mais, après tout, 1 billet publié, si cela permet d'offrir 10 repas,  ce cerait trop bête  de ne pas le faire. Bien sûr, il y aurait beaucoup à dire, beaucoup plus à faire. En allant sur le site des restos du coeur, on voit que l'action ne s'arrête pas aux repas, mais bien à l'insertion de gens qui ont tout perdu. J'ai été surprise, plutôt choquée, lorsque, alors que j'étais présidente de l'association des parents de l'école élémentaire, qui récolte des fonds pour animer des loisirs aux enfants dans l'école, j'avais organisé un concert d'opéra dans le petit village, et pour la publication de l'affiche, je voulais indiquer un prix spécial pour les demandeurs d'emploi. Les autres membres de l'équipe avait rétorqué: "ils n'ont qu'à travailler...". Oui, c'est bien cela le problème, réussir à retrouver une dignité pour être capable d'assumer un travail. Mais il faut peut-être avoir passé par là, une chute, touché le fond pour comprendre que parfois, ce n'est plus possible d'être actif.

 


 

Collecte 2011 les Restos du Coeur : Mobilisez-vous

25 février 2011

Danser la vie

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2000 - Elia 1 an, en attendant Noé

J'ai lu, aimé et entendu les messages laissés suite à mon précédent billet.

J'aurais pu écrire personnellement à chacune mais je préfère réunir ici toutes les réponses que ces mots offerts ont suscité en moi. Il y a ce choix que j'ai fait de quitter ma ville natale pour rejoindre  la vie de cet homme rencontré il y a 14 ans, arrivée ici par hasard, restée par amour. Il est certain que je n'aurais pas élevé mes enfants de la même manière à Lausanne, à Genève ou à Paris. Cette colline m'a plue, la perspective de cette vie un peu sauvage, loin de toute cette civilisation qui était devenue insupportable dans ma réalité d'alors m'avait convaincue. C'était le bon endroit. Je n'ai même pas réfléchi, je l'ai senti. J'ai  vécu mes grossesses comme un rêve éveillé, mis au monde nos bébés le plus naturellement possible, allaité  très longtemps, nous avons "cocooné et cododoté" nos petits et j'ai découvert ensuite que, pour certaines, cette attitude était presque une religion (je pense à la Leche League qui conseille à chacune cette façon de faire). Je ne l'ai pas fait ainsi parce qu'on me l'a dicté, je n'aurais tout simplement pas su faire autrement. Partir travailler très tôt le matin, dû au fait que nous habitons loin de tout, réveiller mes enfants pour les emmener chez une nounou, utiliser une grande partie de mon salaire pour payer la voiture supplémentaire et les frais que toute cette logistique aurait impliqué, donner des biberons de lait alors que le mien coule à volonté et que j'aime cet acte d'allaiter, vivre tous les instants de mes enfants petits était une nécessité. Ceci ramène le débat à la notion de contexte. Bébé, je n'ai pas connu le lait maternel, je me souviens de ces années où, ma mère ayant décidé de reprendre un travail après être restée à la maison quelques années, je rentrais de l'école, une clé autour du cou pour pouvoir ouvrir la porte de l'appartement familial, le silence  inquiètant en attendant que quelqu'un arrive, les devoirs faits solitairement dans la pénombre, juste une petite lumière sur ma table de travail. Je ne la blâme pas, non. Je ne veux tout simplement pas vivre cela une deuxième fois, en étant dans le rôle de celle qui ne peut pas être là. Je ne blâme pas non plus celles qui font un autre choix, bien différents du mien ou de celui de ma mère, les biberons, la nounou, le travail par obligation ou par envie de faire carrière. Elles ont un autre parcours que le mien, d'autres besoins, un autre contexte, d'autres possibilités, d'autres obligations, d'autres désirs que sais-je encore?  Aujourd'hui, je suis allée en course avec Bianca, les garçons partis à pied chez un copain du voisinage. Je serrais la main de ma petite à la sortie d'une parfumerie où je venais d'acheter quelques produits de cosmétique, un crayon pour les yeux, une ombre à paupière, ceux que j'achète depuis plusieurs années déjà, que je garde longtemps dans ma trousse parce que de qualité et que je les fais durer. Bianca s'est amusée à me suivre dans les rayons, elle a testé les couleurs avec moi, puis nous nous sommes dirigées vers la maison de la presse, sa petite main dans la mienne, nous étions dans la joie, elle riait, moi aussi et les gens qui nous croisaient, de nous voir ainsi, nous souriaient. Je me suis dit alors, que j'étais bien mal avisée d'avoir écrit, il y a quelques jours, que j'avais sacrifié ma vie d'artiste pour être maman. Que né ni! Ces enfants portés, allaités, chéris à qui j'accorde beaucoup de temps m'ont nourris d'une substance précieuse et infinie qui vaut bien tous les spectacles de danse, de théâtre, toutes les expositions de peinture que je ne ferai ou ne verrai peut-être jamais. Je crois que je me sens une folle envie de danser ma vie.

 Ces quelques vers découvert chez elle:

"j'ai tendu des cordes de clocher à clocher ;
des guirlandes de fenêtre à fenêtre ;
des chaînes d'or d'étoile à étoile,
et je danse
"


Arthur Rimbaud

 

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2008 - Elia, Noé, Bianca

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22 février 2011

Les rêves dansants

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- 1992 - 

Dessin tiré de ma série du modèle dansant

taches dues au mauvais stockage dans une cave après mon déménagement

Depuis le début de la projection, les larmes voulaient sortir. Lorsque Pina a fait son entrée dans le film, elles ont coulés, lentement. Je n'ai pas cherché à les essuyer. Elles ont atteint mes lèvres, me donnant ce goût particulier, un mélange salé et doux,  celui d'une tristesse connue et familière qui s'exprime ainsi, une fois de plus. Il y a cette nostalgie de la danse que j'ai voulu approcher, petite déjà, puis, plus tard, encore et à plusieurs reprises, à chaque fois, ces rêves dansants qui se dérobaient. J'ai insisté pourtant, sans vraiment comprendre ce que je cherchais. C'est dans les cours de dessin de ma troisième année d'école d'art que j'ai commencé à entrevoir le sens de ce désir. Grâce à cette professeur de dessin qui animait ses cours en musique avec notre modèle, une danseuse très inspirée du travail de Pina Bausch. Je ne sais pas précisément ce qui m'a mise dans un état pareil hier soir. La danse, bien sûr,  qui m'a  si souvent  bouleversée. Le travail que ces deux femmes (des danseuses des premiers temps de la troupe) ont fait avec les adolescents. Le souvenir de mes années à l'école d'art, en ce temps-là, je dansais beaucoup. Celui de mon travail de professeur d'arts plastiques avec des jeunes, parce que je sentais qu'il y avait de très belles choses à vivre avec eux, différentes de ce que l'école publique proposait. Celui de ma vie d'avant, dans une ville, celle où je travaillais avec d'autres artistes sur des projets passionnants. A la sortie de la séance, je me suis confiée à mon compagnon, lui qui partage ma vie, mes peines et mes joies depuis 14 ans maintenant. J'ai pu lui dire, une fois de plus, que je me sens parfois vivre un terrible conflit intérieur, que j'ai ce sentiment indomptable d'avoir sacrifié une partie de mon être, afin d'être maman. Que si je n'avais pas été maman, j'aurais aussi dû sacrifier cette part de maternité dont je rêvais, que tout ceci n'est pas simple à vivre, que je ne suis pas certaine de savoir encore qui je suis dans tout cela.  Dans ces moments-là, je ne me sens évidemment pas à la hauteur dans mon rôle de mère. L'artiste qui sommeille en moi demande sa part de vie et ne l'obtient pas. Alors elle se met en colère ou pire, déprime... Et la maman qui devrait être joyeuse ne l'est pas forcément. Je sais qu'il y a des femmes qui ont réussi à vivre les deux, en jonglant avec ces deux faces, en se faisant aider, en confiant leurs petits à d'autres, pour un temps. De mon côté et depuis toujours, je suis incapable de  me partager. Ce rôle unique pourtant n'est pas synonyme d'harmonie. Il y a plusieurs femmes en moi qui se livrent à de terribles batailles. En écrivant ces lignes, je réalise que ce blog est certainement une tentative inconsciente de réunir tous ces personnages, les rassembler et peut-être aussi, les rassurer. Ces instants de vie vécus comme des éléments séparés, mon amour de la musique, celui du mouvement dansé, celui du trait laissé sur un papier ou une toile, l'amour de la lumière et de la couleur, le regard que je porte sur les êtres qui m'entourent, tout cela a certainement un sens dont je ne mesure pas encore l'ampleur. Ces traces laissées d'abord entre moi et moi, puis lues par d'autres, comprises, aimées ou entendues, parfois.  Comme une lumière dans la nuit.

 

 

 

20 février 2011

Un point de méridien généreux

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Il y a certains lieux de la blogo-sphère qui semblent attirer plus de monde que d'autres.

 

 

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Ce que j'ai compris, c'est que les blogs phares sont un peu comme des points d'acupuncture sur un méridien. Des points particuliers qui semblent avoir un impact favorable sur les autres. Ainsi l'énergie dans le corps s'en trouve fluidifiée. Il en va ainsi de Nouschine and Sons qui fête son anniversaire et ses deux ans d'existence. Là-bas, il y a beaucoup d'émerveillement sur le monde, celui de l'enfance, celui de la peinture, celui de la mode enfantine, celui des artistes, celui des créatrices/créateurs mais aussi de la nature admirée. Chez Nouschine, il est question de partage, de découvertes, de diffusion d'idées et de belles choses. Nouschine a ouvert une boutique en ligne qui mérite le détour ne serait-ce que pour la beauté des images diffusées, des mises en scènes des merveilleuses créations qu'elle propose à la vente. Je ne serai pas étonnée si, un jour, elle nous montre enfin ses créations personnelles. La première fois que j'ai vu son nom, j'ai cru que c'était  une inspiration russe, Nouschine, pour moi, ça m'évoquait les steppes lointaines. Allez savoir pourquoi...? Elle vient de fêter son anniversaire, un chiffre rond dit-elle, rond comme le soleil, rond comme la lune, et par la même occasion, les deux ans de son blog. Ces quelques dessins pour la remercier de tout ce qu'elle partage avec nous. Elle a jeté une bouteille à la mer, je réponds ici à ma façon. Joyeux anniversaire, chère Anne et longue vie à ton bel espace!

 

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19 février 2011

Voir avec le coeur

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Regarder les peintres, les peintures de la grotte de Lascaux c'est bien pour commencer.

Puis, s'arrêter devant des toiles, des dessins, des oeuvres qui nous touchent dans le corps, quelque part, au ventre, au coeur, une impression que le monde n'est plus tout à fait le même une fois sorti du musée ou de la galerie, que les oeuvres regardées ont changé quelque chose si profondément que le regard que l'on porte sur notre vie, sur le paysage, sur notre quotidien s'en trouve métamorphosé. Ainsi commence, je crois, la leçon de peinture ou de dessin.

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Il y a quelques années, nos deux garçons Elia et Noé avaient respectivement 4 et 3 ans, la rétrospective dédiée au peintre Nicolas de Staël touchait à sa fin au Centre Pompidou. Je m'étais promise que, coûte que coûte, vaille que vaille, nous irions voir les oeuvres réunies de ce peintre. Les mois avaient passés depuis le début de cet évènement et ce déplacement me semblait difficile  à faire en famille: train, séjour à l'hôtel, restaurant tout ce tralala me décourageait d'avance.  Au dernier moment, quelques jours avant la fermeture de l'exposition, dans un élan formidable, j'étais partie à la gare TGV prendre des billets, un aller-retour en une seule journée, voilà qui me semblait être la solution. Nous sommes partis à 8h30 de chez nous, avec le chant des grillons. A 11h00, nous étions dans la salle du musée. Quel bonheur! Nos deux petits se sont montrés si coopératifs, si joyeux. Ils regardaient chaque toile, avaient l'air aussi transportés que nous. A mi-chemin dans l'exposition, ils se sont endormis dans nos bras. Nous sommes restés assis, nos enfants blottis contre nous. Nous avons regardé longuement une toile, l'inachevée, la dernière du peintre. Rentrés dans notre maison à 22h00, avec le chant des grillons qui nous attendaient, nous étions comblés, nourris. Quelques semaines plus tard, lors d'une promenade, Elia regardait le ciel flamboyant, celui juste avant le coucher du soleil. Il m'avait dit: "on dirait une peinture, tu sais maman, comme celles qu'on a vues l'autre jour à Paris."

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18 février 2011

Le plaisir du geste avec la matière

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Prendre un papier, gribouiller comme une enfant, gribouiller n'importe quoi, recouvrir une feuille blanche de traits, foncés ou clairs, vivement ou doucement, afin de trouver le plaisir du geste, de ce crayon qui caresse, griffe, écorche le papier, selon l'humeur. Comme les danseurs qui font leurs exercices à la barre ou les musiciens leurs gammes.

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Puis, si l'envie vous prend de continuer, dessiner.... une fleur, celle qui se trouve devant soi,  le bouquet fané sur la table, un panier de fruits, un paysage regardé ou imaginé, ou rêvé, ou stocké quelque part dans sa mémoire. Éventuellement, copier un dessin que l'on aime, sans se soucier de la ressemblance. S'en inspirer, puis trouver sa voie propre, forcément différente, unique. En ce moment, je gribouille avec un simple crayon gris des bouts de papier. Il y a très longtemps, Antonin Artaud, qui n'allait pas bien à ce moment de sa vie, disait à ses amis chez qui il était invité: "je ne sais plus écrire". Leur fils, encore petit, en plein apprentissage des premières lettres lui avait dit: "si tu veux, je peux t'apprendre, tu feras comme moi, des lignes d'écriture de l'alphabet, en commençant par des bâtons". C'est ce qu'il a fait, pour s'amuser et certainement très touché par l'innocence de ce petit garçon. C'est ainsi qu'il avait retrouvé la joie d'écrire.

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Observer un enfant qui dessine ou qui peint. Il ne cherche aucun résultat. Il aime juste imprégner son pinceau d'eau, de peinture, salir ou illuminer sa palette, et d'un geste souvent extrêmement précis, quelques traits sur le papier, parfois une immense tache, y ajoute de l'eau ou de la couleur. Puis passe à la feuille suivante. En regardant ma petite Bianca, 3 ans, je me régale... Paul Klee avait beaucoup observé son fils Felix dont il s'occupait, il le prenait avec lui dans son atelier, puisque c'est son épouse, pianiste, qui allait gagner leur salaire en donnant des cours de musique.

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Surtout, ne pas se laisser impressionner par le "barbouillage" de l'enfant, surveiller bien sûr qu'il ne mette pas à la bouche la peinture, choisir des produits lavables et pour ma part, la peinture est achetée en magasin bio. Puis je laisse Bianca découvrir le plaisir de la matière, je fais de même à côté d'elle, différemment bien sûr.  Au final, direction le bain...

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14 février 2011

Oser dire

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Je me souviens de la St Valentin, il y a longtemps, alors que je vivais en Louisiane. J'avais 18 ans, j'étais loin de ma famille. Je vivais une expérience unique mais je me sentais surtout observatrice de la vie des autres. Par exemple, ce  fameux 14 février, il me semble que je n'en avais jamais entendu parler. Parce que je n'étais pas assez amoureuse, parce que ma famille natale ne s'en souciait guère, parce que ce n'était pas la coutume dans ma région? Je n'en sais rien. Cette St Valentin américaine reste gravée dans ma mémoire. Je découvrais la joie qu'avait tout un chacun de préparer des cartes, mais surtout des cadeaux pour tous ceux qu'ils aimaient. Pas seulement l'amoureux ou l'amoureuse, mais des camarades de classe, des voisins, tout était permis et encouragé pour aller vers l'autre ce jour-là. AInsi se levaient les barrières pour enfin dire ce qui est souvent oublié le reste du temps, de préciser tout simplement: tu comptes pour moi, ta présence, ta vie est importante dans la mienne. J'ai pensé à cela aujourd'hui et je me dis que je ne suis pas assez "valentinienne". Je vais donc envoyer cette carte d'anniversaire à mon frère, né un 17 février, j'hésitais à le faire puisque nous ne sommes plus en contact. Essayer de lui dire que, malgré nos différences, il compte pour moi. J'en profite aussi pour vous dire, visiteurs de ce blog, que vous comptez pour moi, pour mon quotidien solitaire. Je vous souhaite une heureuse journée.

La chanson du jour pour cette occasion

(merci à Lulu, par son blog, de m'avoir re-branché sur ce chanteur que j'aimais et aime encore tant),  :

I asked my father,
I said, "father change my name."
The one i'm using now it's covered up
With fear and filth and cowardice and shame.

Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me,
Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me.

He said, "i locked you in this body,
I meant it as a kind of trial.
You can use it for a weapon,
Or to make some woman smile."

Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me,
Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me.

"then let me start again," i cried,
"please let me start again,
I want a face that's fair this time,
I want a spirit that is calm."

Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me,
Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me.

"i never never turned aside," he said,
"i never walked away.
It was you who built the temple,
It was you who covered up my face."

Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me,
Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me.

And may the spirit of this song,
May it rise up pure and free.
May it be a shield for you,
A shield against the enemy.

Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me,
Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me.

Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me,
Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me.

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Une envie de bonne heure
  • la bonne heure est chaque heure et que d'aucune heure on ne peut dire qu'elle n'est pas la bonne. C'est une bon(ne) heur(e) parce que je la soulève dans mes bras. Je la prends à moi. "N'oublie pas les chevaux écumants du passé" de Christiane Singer.
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